 |
 |
Comment est née l'Association Païolive ?
Le 27 juin 2003, présentation à Banne du livre "De Saint-Eugène en Païolive", ouvrage collectif dirigé par Jean-François Holthof et Jacques Schnetzler. La rédaction de ce premier ouvrage sur le bois de Païolive a permis à différentes disciplines de se rencontrer, a donné à plusieurs auteurs le désir de poursuivre les recherches après ce premier bilan et de préserver ce site exceptionnel avant qu'il ne soit trop tard.
Les 14 et 15 décembre 2003, à Casteljau, plus de 30 personnes participent à deux journées d'étude sur le Bois de Païolive. Un large tour d'horizon est fait tant sur les recherches à mener que sur les domaines où une protection est nécessaire. Le compte-rendu de ces journées est largement diffusé.
Le 7 février, aux Vans, tenue de l'Assemblée générale constitutive de l'Association.
Le 22 février, à Montchamp, première réunion du conseil d'administration, élection du bureau. |
| |
Qu'entendons-nous par Bois de Païolive ?
Si à l'origine le terme de Païolive désigne un lieu-dit situé sur la rive droite du Chassezac, près des Trois-Seigneurs, il nous a semblé qu'il fallait donner une extension raisonnée au Site de Païolive.
Il existe en effet une unité géologique, écologique, archéologique et paysagère bien délimitée dans les gras du Jurassique Supérieur et du Berriasien qui s'étendent, d'une part entre Bannelle et la rivière La Beaume, d'autre part entre St-Brès et Beaulieu. |
| MANIFESTE POUR LE BOIS DE PAÏOLIVE |
| 1 |
Notre but est d'éveiller une conscience plus forte de la valeur du Bois de Païolive. Or ce site n'a pas qu'un intérêt local mais une valeur européenne. C'est même un élément du patrimoine de l'humanité. Or notre Terre est affectée actuellement par une crise écologique dont nous portons tous le souci et la responsabilité. La formation des consciences à la valeur de ce site et aux exigences de sa protection implique une responsabilité envers les générations futures : responsabilité de la transmission du vivant et d'un patrimoine culturel. C'est pourquoi nous espérons le voir un jour reconnu comme patrimoine mondial par l'Unesco au titre de paysage culturel. |
| 2 |
A Païolive se trouve réalisée une unité originale entre les éléments, air, lumière, eau et roche, ainsi qu'entre le végétal, l'animal et l'humain. Cette unité nous offre une source de vie et de sens qui doit être transmise aux générations à venir. Son étude requiert le concours de nombreuses disciplines scientifiques et sa protection une démarche éthique rigoureuse Ce site est encore actuellement compris dans des limites trop restreintes, insuffisamment étudié et protégé. Ainsi la seule protection réglementaire dont il jouit présentement consiste en l'inscription d'une petite partie du site, déjà très fréquentée. Païolive doit aussi être associé à d'autres sites remarquables : Gorges de l'Ardèche et Grotte Chauvet, Cévennes, etc. |
| 3 |
Cette démarche est fondée sur la reconnaissance du droit à l'existence de toutes les formes de vie et du respect de la beauté de la nature, fruits d'une évolution créatrice que nous pouvons détruire sans être pour autant capables de les remplacer. Il faut donc reconnaître que Païolive est respectable en lui-même, indépendamment de nos intérêts. |
| 4 |
La première exigence éthique qui se présente est celle de la justice. Les activités lucratives, les comportements individuels entraînent des bénéfices, des avantages ou des satisfactions mais aussi des nuisances et il faudra à chaque fois considérer si la répartition des bénéfices et des nuisances répond à l'exigence de justice. Ainsi, il serait injuste que des activités organisées pour la satisfaction d'un nombre limité de personnes entraînent des destructions dommageables à tous puisque tous ont droit à une nature préservée. Dans ces cas, la preuve de l'absence d'impacts négatifs incombe aux bénéficiaires de ces activités. La charge d'une juste réparation des dommages causés également.
L'éthique impose aussi de cultiver l'art de la conciliation mais celui-ci ne pourra être équitable que si une autorité publique légitime est en mesure de poser des limites. Nous estimerons que ces limites seront dépassées là où la diversité, la complexité, la reproduction du vivant et ses facultés de régénération se trouveraient remises en question et où le paysage comme le patrimoine culturel seraient dégradés. L'association entend alors intervenir pour faire valoir ces exigences éthiques. Elle informera l'opinion sans catastrophisme mais en toute indépendance.
|
| 5 |
Le patrimoine de Païolive ne saurait être un objet de consommation individuelle. Par sa beauté, son étrangeté, il représente une réserve de possibilités et une inventivité. Reconnaître qu'il s'agit d'un patrimoine l'insère dans une solidarité entre générations et aussi dans une solidarité entre propriétaires et usagers. Le sens de la propriété privée peut être considéré comme un atout pour Païolive et même un élément de son caractère patrimonial et culturel. |
| 6 |
Beaucoup reconnaissent à Païolive une présence, un mystère où se rend perceptible un lien entre l'homme et l'ensemble du cosmos. Cette dimension, poétique et sacrée, relève elle aussi de l'universel et comporte un appel à la conscience. Il ne faut pas craindre de s'appuyer sur elle pour faire communiquer divers niveaux de connaissance et renforcer les exigences éthiques. A cet égard, nous nous inscrivons dans l'héritage de Pierre Richard (1918-1968) et de Jean Balazuc (19141994), comme dans celui des acteurs du mouvement "Fontvive", ces hommes de science et de cœur, aimant profondément la Terre et conscients des dangers que lui fait courir les excès de la modernité.
|
| Editorial de la Lettre de Païolive n°2 |
Un peu plus d'une année s'est écoulée depuis la création de l'Association Païolive. Celle-ci compte aujourd'hui plus d'une centaine de membres. De nombreux liens ont été créés avec plusieurs associations et fédérations, avec lesquelles nous partageons certains objectifs et valeurs tout en conservant l’indépendance et la liberté nécessaires à notre action. Dans cet esprit d'ouverture et de collaboration, elle a été aussi constituée en section locale du Club Cévenol.
Au cours de cette période, l'action de l'association a été double : d'une part mener ou promouvoir diverses recherches scientifiques pour une meilleure connaissance du site, d'autre part veiller, alerter et agir pour le protéger, en concertation avec de nombreux acteurs.
Il convient donc de faire un premier bilan et d'éprouver la validité de son projet fondateur.
Celui-ci voulait ouvrir trois perspectives principales qu’il convient d’examiner une à une.
D’abord une extension du site de Païolive à tout le karst du Jurassique supérieur et du Berriasien puisque c'est la configuration géologique qui détermine l'originalité des milieux naturels et conditionne l'occupation humaine, aussi bien aux temps préhistoriques que de nos jours. Cela nous amenait à prendre en compte non seulement la zone qui va de Banne à La Beaume mais encore le karst présent sur les communes de Saint-André-de Cruzières et de Beaulieu, entre autres. Les faits ont confirmé l'opportunité de cette extension puisqu'il est apparu rapidement que notre attention se trouvait mobilisée sur ces secteurs par des projets qui mettent en cause les milieux naturels et la valeur paysagère de Païolive : carrières près de Lablachère, éoliennes sur Beaulieu et Saint-André-de-Cruzières.
Ensuite, la valeur exceptionnelle de ce site, allant au-delà de l'attrait que son pittoresque peut provoquer. Les premiers résultats des études entreprises confirment cet intérêt et nous aurons dès l'an prochain matière à éditer un copieux premier numéro des "Cahiers de Païolive" contenant les premiers résultats de ces recherches.
Il faut en outre que cet intérêt soit partagé largement, et c'est pourquoi de nombreux contacts ont été déjà pris avec divers partenaires.
Il faut enfin que le site soit mis en perspective avec les deux ensembles voisins qui bénéficient, eux, de statuts officiels de protection, le Parc National des Cévennes et la Réserve des Gorges de l'Ardèche. Les premiers contacts pris avec l'un comme avec l'autre valident là encore cette orientation et fortifient le sentiment que Païolive fait partie d'un ensemble à haute valeur patrimoniale.
La nécessité enfin d'une approche globale des rapports entre l'homme et la nature, sur le fond de la crise écologique actuelle. En ce sens nous retrouvons à Païolive les mêmes agressions qui sévissent sur l'ensemble de la planète : pollutions, urbanisation anarchique, industrialisation – nous avons déjà mentionné les carrières et les éoliennes mais on reparle d'une funeste autoroute – effets négatifs du tourisme de masse, risque d'érosion de la diversité du vivant.
A Païolive l'homme a jadis habité et travaillé mais en s'insérant dans le milieu, ne prélevant qu’un surplus. Maintenant ce sont les éléments naturels, sols et eaux notamment, et l'espace lui-même qui sont atteints, en même temps que des activités de plein air toujours plus diversifiées menacent des milieux épargnés par l'agriculture, provoquant un développement non durable.
La multiplicité de ces menaces, mais aussi leur convergence qui en fait un faisceau inquiétant, appelle une réponse globale ordonnée à une conception juste des rapports entre l'homme et la nature. Cette cohérence est indispensable pour soutenir l'action à long terme et nous remercions les personnalités de notre comité de parrainage qui nous aident de leurs réflexions. Au nom de cette cohérence nos réponses à ces diverses menaces peuvent nous amener à être critiques vis-à-vis d'actions qui se présentent avantageusement comme des mesures de protection mais, sous couvert de gestion, risquent de reconduire et de renforcer avec une nouvelle légitimité une attitude de consommation et d'exploitation de la nature.
Un exemple significatif de l'état de l'ensemble du site est peut-être fourni par l'évolution de son patrimoine archéologique. Sa dégradation a commencé depuis le début du XXe siècle par des prélèvements de collectionneurs. Elle s'est accélérée avec la transformation de la presqu'île de Casteljau, pourtant si riche, en centre de tourisme. Le Docteur Jean Balazuc avait parlé alors d'un "petit Pompéi français livré au mercantilisme". Elle se poursuit encore dans l'indifférence générale. Des fouilles clandestines sont toujours entreprises et le pillage continue. L'état de l'archéologie en France ne favorise pas une prise de conscience ni des études approfondies et encore moins une réaction avec des moyens appropriés. Cet état semble même convenir à beaucoup. L'absence d'études favorise les prélèvements et les appropriations. Moins de chercheurs et moins d'études, c'est autant de témoins éventuellement gênants en moins.
Or, si nous n'y prenons pas garde, le patrimoine paysager et écologique de Païolive risque de subir insensiblement la même évolution irréversible, alors même que l'on affirme se soucier de sa protection. Deux survols du site réalisés ce printemps et cet été nous ont révélé une appréhension inédite de la situation qui montre un grignotage progressif du site par la multiplication des emprises : routes, parkings, maisons, piscines, campings. Consommation d'espace artificialisé qui croît bien plus vite que la population et multiplication des "espaces artificiels non bâtis". Il s'ensuit une fragmentation des milieux et une banalisation du paysage.
C'est à un développement non durable de l'urbanisation que l'on assiste et il n'est pas sûr que la définition des zones inondables ou les règles d'assainissement, si importantes en milieu karstique, soient respectées.
Le terme de "grignotage" traduit bien cette évolution lente, insidieuse, qui s'accommode de projets de protection demeurant encore assez abstraits. Atteintes successives qui prises une par une ne retiennent pas l'attention et ne sauraient susciter de mobilisation mais dessinent incontestablement une dégradation de la situation. C'est une remarque faite fréquemment par des personnes qui reviennent dans le Bois après quelques années que depuis environ cinq ans la situation s'est notablement dégradée, notamment par une extension de l'artificiel.
Le sentiment d'arriver souvent trop tard ne doit pourtant pas nous décourager. Il existe des raisons d'inquiétude mais la crainte ne peut à elle seule être stimulante. Les raisons d'espérer résident notamment dans les études qui montrent l'intérêt gardé par le site, du moins dans certaines de ses parties. L'étude n'a encore jamais déçu ceux qui s'y sont consacrés et des perspectives nouvelles s'ouvrent chaque fois que l'on se penche sur le Bois. Là est le stimulant le plus sûr de nos efforts et les premiers résultats qui ont mis en valeur la naturalité de Païolive sont très encourageants, reliant notre action à la conservation d’un réseau de milieux boisés privilégiés en Europe. Ce thème fédérateur nous relie à un enjeu européen et il faudra mettre en valeur la fonction pédagogique de la forêt naturelle car le public n’est pas toujours préparé à croire qu’une forêt puisse évoluer favorablement sans intervention humaine.
L'étude se situe d'ailleurs au carrefour des difficultés. Certains s'accommoderaient bien de la situation présente des sciences de la Vie où font défaut les spécialistes en de nombreux domaines et où l'on se trouve souvent dans l'impossibilité d'évaluer les impacts des activités humaines sur des écosystèmes complexes. Ce qui est inconnu sera d'autant plus facilement livré à la destruction, qui avance plus vite que la connaissance. L'étude gêne peut-être et fait craindre de voir révéler des éléments de valeur de sorte qu'on s'accommode mieux du silence qui permet d'agir impunément.
Est-ce la raison pour laquelle se réalisent plus d'études de circonstances commandées pour des besoins administratifs que des études de fond, qui risqueraient d'amener à une prise de conscience renouvelée de la valeur du site ? En ce sens les études réalisées pour Natura 2000, par exemple, n'ont pas laissé d'apport scientifique substantiel. La nature ne se laisse pas aisément réduire à une approche technique, notamment à cause du rythme lent des dynamiques naturelles qui ne coïncide pas avec les échéances politiques ou administratives. Notre association se doit donc de promouvoir des études de fond car malgré l'éloignement des centres universitaires, nous avons la chance d'avoir à proximité des spécialistes en diverses disciplines intéressés par le site. Nous souhaitons également promouvoir un concours entre spécialistes et naturalistes bénévoles.
Notre conviction est que les résultats de ces études doivent être partagés. D'abord par la publication de leurs résultats, que nous assurerons dans les Cahiers de Païolive. La confidentialité doit être réservée à des cas exceptionnels où la divulgation mettrait certainement en danger telle station ou telle espèce. Notre conviction est que la connaissance partagée est le premier pas vers une protection et la condition pour qu’elle soit comprise. Le partage des connaissances passe aussi par une communication et une vulgarisation. Nous avions le projet de réaliser une exposition pour le monde scolaire, au niveau des collèges, ainsi qu’un diaporama pour animer des rencontres. Ces projets n'ont pas encore pris corps car il semble que quelques études soient encore nécessaires, notamment dans le domaine des sciences de la Terre. Mais ce partage à caractère pédagogique en direction de publics divers sera sans aucun doute un de nos chantiers les plus importants en 2006.
Nous ne voulons pas dissimuler que certaines personnes semblent craindre ces efforts, cherchant même à dénigrer ce que nous pourrions entreprendre pour l'étude et la protection, comme si leurs intérêts risquaient d'être menacés au cas où il y aurait adhésion et reconnaissance du public à de tels projets. En fait, nous n'avons pas pour objectif de menacer qui que ce soit mais il existe certainement un décalage entre ceux qui visent le long terme, avec la conviction que des changements de mode de vie s'imposeront et ceux dont la visée s'arrête à un terme plus court. A cet égard, il faut regretter que l'existence d'effets négatifs du tourisme de masse soit un sujet quasiment tabou. Cette activité économique semble faire l'objet d'une approche manichéenne, sur le mode du tout ou rien. Là aussi, une réflexion de fond devra être menée un jour pour vérifier si les pratiques actuelles répondent aux critères du développement durable et d'une répartition équitable des profits et des nuisances, ainsi qu’un juste équilibre entre enrichissements individuels et finances des collectivités.
L'étude n'est cependant pas la seule approche de Païolive. C'est ici affaire de science mais aussi de cœur et d'âme comme chaque promenade sur le site le rappelle aisément. Comme l'a écrit notre ami Gil Jouanard dans son dernier ouvrage : "Tout le bois n'est qu'un immense bain révélateur qui nous transforme en pellicule ultrasensible à grain très fin. Il pulvérise et disperse tout être confronté à ses charmes"… Ainsi le Bois de Païolive naturalise t-il tout corps plongé dans son atmosphère, pour en faire instantanément un objet soumis aux effets d'une chimie organique et spirituelle. Païolive dissout et recompose le corps et l'esprit de tout curieux qui s'est laissé prendre à la toile de sa gutturale séduction.
Des rapports avec des artistes se nouent donc peu à peu : écrivains, hommes de théâtre, photographes. Cet apport vient épauler l'effort scientifique et conforter la conviction profonde que Païolive rend à l’homme bien plus que ce que celui-ci peut lui apporter. |
 |
|
 |