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Compte-rendu du 109e Congrès du Club Cévenol
à Saint Jean du Gard |
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Environ 160 personnes ont assisté à Saint-Jean-du-Gard, samedi 29 août, au 109e Congrès du Club Cévenol, présidé pour la première fois depuis son élection par le professeur Patrick Cabanel. La ville accueillait l’association cévenole pour la neuvième fois depuis sa création en 1894.
Après les paroles de bienvenue prononcées par le président de la section locale du Club, Christian Rebotier, principal organisateur de la manifestation, M. Michel Anthérieu, maire de Saint-Jean, présenta rapidement sa commune située au point de convergence de deux vallées et sur une voie de communication qui commande l’accès à la Corniche des Cévennes, sur "un territoire privilégié qui ne laisse personne indifférent". L’élu local insista particulièrement sur cette terre d’accueil "où les mots tolérance, solidarité et liberté ne sont pas vains".

Une vue de la salle Stevenson
photo Pierre Valette |
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Lucien Affortit, Jean-Luc Bonniol,
Michel Anthérieu, Patrick Cabanel,
Christian Rebotier, Martin Trouchaud
photo Pierre Valette |
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Hommage à deux personnalités du Club Cévenol
Deux points forts allaient animer le début de ce congrès : celui consacré à Ernest Manen, le centenaire du Club Cévenol, et un de ses anciens administrateurs, et celui dédié à Maître Jean-Hugues Carbonnier, le précédent président du Club Cévenol.
Daniel Travier rend hommage à Ernest Manen au nom de l’association.
"C’est pour moi un honneur et un grand plaisir que de me faire l’interprète du Club Cévenol pour vous exprimer toute son amitié, sa reconnaissance, vous rendre un hommage tout particulier à l’occasion de ce congrès 2009, fixé de longue date à Saint-Jean-du-Gard, à quelques semaines de votre centième anniversaire. Quand, avec le président Carbonnier, nous avons évoqué cette éventualité, nous avions à l’esprit cet autre congrès de Saint-Jean-du-Gard en 1969 qui devait honorer le doyen du Club, Albin Mercoiret, lui aussi dans sa centième année. Le destin n’a pas permis qu’il y assistât, c’est pourquoi, aujourd’hui, votre présence nous réjouit pleinement.
Saint-Jeannais très actif dans la cité, vous avez été pour moi une personnalité incontournable, incarnant l’engagement pour son pays. Je vous ai toujours connus, vous-même et votre famille. Mon père, un de vos amis, avait quelques traits communs avec vous. Issus l’un et l’autre de milieux fort modestes, par un travail acharné (ne disait-on pas à Saint-Jean que vous étiez les premiers levés ?) vous avez créé et développé des entreprises artisanales et commerciales, dont la bonne réputation s’est étendue bien au-delà de l’aire locale, au-delà des Cévennes même.
J’ai vécu de nombreuses années le scoutisme unioniste, notamment au Camp des Balmes, avec vos filles et vos gendres. Le pasteur Marcel Manoël, aujourd’hui président de l’Eglise Réformée de France, a été mon chef de patrouille. Et puis, il y a cette longue et fidèle amitié qui me lie à votre fils, Jacques, et à son épouse, Mireille, avec qui nous avons lancé l’association qui a porté le Musée des Vallées Cévenoles sur les fonts baptismaux. Enfin, j’ai été en quelque sorte votre héritier et continuateur à la Commission d’Action de notre association. C’est autant de raisons qui donnent à cet hommage, rendu au nom du Club Cévenol, une forte connotation personnelle. C’est avec un profond respect, mais aussi avec une véritable affection filiale que je m’adresse à vous devant cette assemblée.
Vous êtes né le 20 octobre 1909, dans la commune de Saint-Germain-de-Calberte, plus précisément à Reynols, étymologiquement dominant, et qui domine en effet toute la vallée de Thonas. Vous êtes venu au monde en ce début de 20e siècle dans le foyer paysan d’Albin Manen et Anna Mazauric, enracinés depuis de nombreuses générations dans ce haut-lieu cévenol, comme l’indique l’arbre généalogique établi par vos cousins Mayaffre.
De vieille souche protestante, vous êtes en parentèle avec les Manen de Saint-Martin-de-Lansuscle, le pasteur Garibaldi Manen, sa fille Marie Manen, auteur de l’admirable Pays sacré de nos aïeux, et son fils Henri, lui aussi pasteur, pour qui "l’héritage camisard n’était pas le prétexte à une vaine folklorisation, mais la source d’un engagement dans l’urgence de l’histoire", comme l’a écrit Patrick Cabanel. Sur une magnifique photo, que nous avons publiée avec Jean-Noël Pelen dans L’Image et le regard, et qui regroupe les habitants de Reynols plus ou moins apparentés, les Canonge, Mayaffre, Mazauric, Manen…, vous êtes là, âgé de trois à quatre ans, dans les bras de votre père. Cette photo de 1912 ou 1913 marque la fin d’une époque. La guerre va éprouver ces familles, l’exode rural va s’intensifier.
Vous avez été scolarisé à Thonas, à quelques kilomètres de la maison familiale, trajet parcouru quotidiennement à pied. Vous emportiez votre biaça de midi, mangée dans l’école en utilisant le poêle en hiver pour réchauffer un peu de soupe. Après la classe, chaque soir, vous passiez à la bergerie qui était sur le chemin du retour et, jusqu’à la nuit, vous gardiez le troupeau ; souvent inquiet de remonter seul à Reynols dans ces fonds de valats obscurs, vous chassiez votre peur en chantant à tue-tête La Madelon.
Après le certificat d’études primaires, vous voilà au cours complémentaire de Saint-Germain. Un problème de santé, de hanche, vous a tenu tout un été dans le plâtre et deux ans sans scolarisation. Vous avez alors repris l’activité d’un vieux colporteur, un certain Pin du Crémat. Vous vendiez, de ferme en ferme, du café torréfié qui vous était livré une fois par semaine au café de Saint-Etienne-Vallée-Française, dont le tenancier était de votre parenté.
C’est à cette époque-là que vos parents, comme beaucoup de ruraux, quittent les hautes vallées pour s’installer dans une petite ville du piémont. Le 25 août 1925, vous vous installez à Saint-Jean-du-Gard, où votre père a saisi l’opportunité d’acquérir, dans la Grand’rue, un petit commerce de matériaux de construction et quincaillerie. Vous rejoignez alors la classe unique de Léon Pouget au cours complémentaire de Saint-Jean, sans pour autant abandonner votre travail de "marchand à porte-col", comme on disait alors, que vous exerciez le jeudi et le dimanche. Le car vous conduisait jusqu’au Cambonnet, où vous trouviez dans votre famille un hébergement à bon compte et, de là, vous preniez vos tournées pédestres.
Toutefois, la cessation de scolarité pendant deux ans vous ayant handicapé, vous quittez définitivement l’école pour seconder vos parents : établissement des factures et des commandes, déchargement des wagons de ciment ou de tuiles et transport de ces marchandises avec un char depuis la gare jusqu’à l’entrepôt, mais aussi accueil de la clientèle les jours de marché et de foire.
Avec l’acquisition d’une motocyclette, vous faites aussi de la représentation pour la Torréfaction Nîmoise de Café. Vous démarchez les épiceries, vendant du café de la marque Le Provençal, avec une commission de 5 %, sur un secteur étendu allant de Sommières à Mende.
Pendant la guerre, le commerce des matériaux étant ralenti, vous travaillez par ailleurs en servant de chauffeur à un maquignon Saint-Jeannais, M. Martin des Plaines, dont le gendre, Franck Alméras, a été mobilisé, et vous voilà au volant d’une Delage tirant une remorque dans laquelle vous pouviez transporter deux vaches !
À la fin de la guerre, vous prenez seul la responsabilité du commerce. Vous achetez un premier camion Renault de trois tonnes de charge utile et des locaux plus fonctionnels, qui vous permettront de développer votre entreprise où vous resterez avec votre fils Jacques jusqu’en 1976. Aujourd’hui, lui-même a passé la main et ce sont vos petits-fils Frédéric et Nicolas qui ont pris la relève.
Quotidiennement encore, votre marche matinale vous conduit dans les bureaux de l’entreprise où vous prenez un café avec Frédéric et retrouvez, au hasard des rencontres, quelques connaissances et anciens clients.
Vous avez adhéré au Syndicat d’Initiative de Saint-Jean, qui se confondait alors avec la section locale du Club Cévenol, en 1937. Après la guerre, en 1948, vous participez à sa réorganisation. Vous mettez bénévolement votre numéro de téléphone, le 33, à sa disposition ; vous mettez en place un bureau d’accueil dans votre magasin, votre personnel assurant le secrétariat qui prendra vite de l’importance avec le développement des meublés (on ne parlait pas encore de gîtes) et la correspondance y afférant. En 1949, vous entrez au bureau comme secrétaire adjoint, puis comme vice-président en 1950, et président en 1952, poste que vous occuperez jusqu’en 1973.
En 1961, vous avez été promu Chevalier de l’Ordre du Mérite Touristique.
Pendant plus de vingt ans, vous avez été un président très présent, actif, pragmatique et efficace. Le président de l’Union des Syndicats d’Initiatives et Offices de Tourisme du Gard, Pierre Verdelhan, regrettant votre démission en 1973, n’écrivait-il pas au maire de Saint-Jean que vous aviez été "un président particulièrement compétent, défendant Saint-Jean et les Cévennes avec une ardeur peu commune", et que vous représentiez à ses yeux "le meilleur président que les Cévennes puissent souhaiter".
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Daniel Travier et Ernest Manen
photo Pierre Valette |
Pour mieux appréhender votre action, j’ai lu tous les comptes-rendus des assemblées générales, des réunions de bureau ou du comité d’action du Syndicat d'Initiative. Il m’est totalement impossible, tant l’œuvre est immense, d’évoquer dans le détail ce que fut votre engagement au service du tourisme cévenol, engagement qui a totalement absorbé le temps libre que vous vous accordiez et qui a amplement empiété sur vos occupations professionnelles. Sauf impératif majeur, vous n’avez jamais manqué une réunion des instances régionales du tourisme, où qu’elle se tienne, de même votre assiduité aux Congrès, Conseils d’Administration et Commissions d’Action du Club Cévenol est légendaire.
Je retiendrai une des caractéristiques de votre méthode de travail, et quelques aspects de votre action, qui me semblent majeurs. Vous avez, avant tout, privilégié les relations humaines, entretenant des rapports cordiaux avec tout le monde sans acception de quiconque. Vous avez aussi constitué et entretenu un important réseau relationnel, allant du maire de la plus petite commune cévenole aux représentants institutionnels les plus importants. Et en fonction des besoins, des questions à résoudre, vous frappiez à la bonne porte qui vous était toujours ouverte. Votre capacité à argumenter et à convaincre faisait le reste.
Vous avez tout d’abord organisé le Syndicat d'Initiative avec méthode afin de renforcer son efficacité. Votre équipe se composait d’Albin Mercoiret, l’ancien qui était le lien au passé, le docteur Arama, Adolphe Donzel, Pierre Guizard, Jean Dhombres et Robert Lavesque. Plus tard, d’autres s’engageront aussi, à l’instar de Gilbert Jouanen. Avec le concours du maire, Marceau Lapierre, vous avez mis en place un bureau d’accueil ouvert au public et mené une politique sur trois fronts :
1°) le développement de l’hébergement de villégiature,
2°) l’animation touristique, notamment en mettant en place, avec les transporteurs locaux, des programmes d’excursions de découverte, et en balisant des itinéraires locaux de petite randonnée,
3°) la création d’outils de promotion, en éditant les premiers dépliants, en créant une flamme postale en vous imposant dans les guides spécialisés de l’époque.
Au-delà de ce travail au quotidien, il est une de vos actions que je me dois d’évoquer, car elle me semble avoir été de la toute première importance pour Saint-Jean et bien au-delà, pour les Cévennes en général. Je veux parler de la réhabilitation de la Corniche des Cévennes, tombée en désuétude à la fin du 19e siècle. Bien sûr, cette réalisation avait fait l’objet d’un vœu ancien de la section du Club Cévenol de Saint-Jean-du-Gard, inspiré par Paul Arnal et adopté par le Congrès de 1927 à Saint-André-de-Valborgne. L’opinion publique avait été mobilisée dans les années 1928 et 1929 par les vibrants articles de Pierre Devoluy, l’auteur de La Cévenne embrasée, qui la qualifiait de "Corniche d’améthyste". Rouverte à la circulation en 1930 par une inauguration du Club Cévenol, il fallait encore la goudronner pour assurer sa pérennité. Vous vous attacherez à défendre cet itinéraire dès votre entrée au Syndicat d'Initiative.
Au début des années cinquante, on parlait beaucoup d’une traversée des Cévennes dans le cadre d’un itinéraire touristique appelée "Route de Genève à Barcelone". Une association s’était constituée sous la présidence de Henri Niguet – vous en étiez le trésorier adjoint. Plusieurs tracés étaient en concurrence et défendus becs et ongles par leurs protagonistes. C’est au Puy, en 1952, au cours d’une réunion tendue, que vous avez emporté la partie avec Henri Niguet et MM. Sernoux et Champeyrache de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Alès, dont vous avez été secrétaire et délégué au tourisme. La Corniche des Cévennes était retenue comme itinéraire cévenol de la route touristique de Genève à Barcelone. Il fallait donc arriver à la faire goudronner. Pour la partie gardoise, de Saint-Jean au col Saint-Pierre, le Conseiller Général, Marceau Lapierre, tout acquis à la cause, s’y employa. Pour la Lozère, l’ingénieur des Ponts et Chaussée de Florac, plus favorable aux routes des vallées, ne voulait pas investir sur la route des crêtes. Son successeur, M. Belin, vous prêta une oreille plus favorable et se laissa convaincre de l’intérêt majeur que représentait la Corniche et réalisa, en 1956, d’une seule tranche, le goudronnage du Col Saint-Pierre au Rey. Sans doute M. Bringer, autre membre actif du Club Cévenol, maire du Pompidou et ingénieur des Ponts et Chaussées dans le Gard, intervint-il aussi.
De toute évidence, cette route Genève – Barcelone ne connut pas l’avenir brillant que vous espériez, mais pendant plus de dix ans ce projet, sur lequel on communiquait beaucoup, a forgé la notoriété de la Corniche. Vous-même avez axé en grande partie votre promotion sur elle. Elle était, avec le Musée du Désert, l’objet de la flamme postale. Vous y avez aménagé des points d’arrêts avec des bancs du Touring-Club, réalisé en 1959 un belvédère offrant une vue panoramique sur Saint-Jean au creux de sa vallée. Vous avez fait classer la Corniche, pour la qualité de ses paysages, avec trois étoiles dans les Guides Bleu d’Hachette et Vert de Michelin. Vous avez pleinement réussi à conférer à cette route ses lettres de noblesse. Si bien qu’en 1987, alors que depuis plus de quinze ans on ne communiquait plus sur la Corniche des Cévennes, dans une enquête d’opinion réalisée dans les grands sites touristiques de la région (Prafrance, le TVC, le Musée du Désert, celui des vallées cévenoles…), la Corniche est apparue comme le site le plus visité, celui pour lequel il y avait le plus d’intentions de visites. Vous en aviez fait une véritable destination.
Administrateur du Club Cévenol depuis longtemps, vous avez succédé à Roger Broussoux comme secrétaire de la Commission d’Action que présidait votre ami, et coéquipier des origines, Robert Lavesque. C’est très méthodiquement que vous avez repris quelques 35 vœux en instance, classé certains, réactivé d’autres et mis à profit votre connaissance du terrain et votre carnet d’adresses pour en faire aboutir un maximum.

M. Ernest Manen
photo collection privée Manen |
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Ernest Manen avec les siens
photo Pierre Valette |
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En 1980, en même temps que Paul Finiels, cet autre apôtre du tourisme, le Club Cévenol vous décerne sa Grande Médaille, mais le décès récent de Mme Manen ne vous permet pas d’assister au congrès de Saint-Jean-de-Bruel. Le Club Cévenol sortait du centenaire du voyage de Stevenson et avait requalifié le tourisme qu’il jugeait bon pour le Pays Cévenol. Dans son discours, le Président Philippe Joutard mettait en exergue vos engagements respectifs pour la cause du tourisme, cévenol pour l’un, caussenard pour l’autre, et insistait sur la nature du tourisme que vous aviez développé. Je le cite : "Il s’agit d’un tourisme à visage humain qui est celui que préconise le Club Cévenol". Il précisait aussi que ce que le Club avait "voulu honorer en vous, c’est l’homme qui durant des années a lutté pour la défense des vallées cévenoles et en particulier celle des Gardons".
Pierre Clément titrait l’article qu’il vous a consacré dans Causses et Cévennes (1998, n°2) : Ernest Manen : un symbole de réussite commerciale au 20e siècle. Sans doute avez-vous effectivement réussi votre vie professionnelle, tout comme votre engagement pour ces Cévennes qui vous ont vu naître et où tout votre être s’enracine profondément. Toutefois, cette réussite ne doit pas masquer les difficultés et les drames de la vie. Vous n’avez été épargné, ni dans votre santé ni, surtout, des épreuves douloureuses qui vous ont affecté dans ce que vous aviez de plus cher. Je n’achèverai pas ce propos sans évoquer la mémoire de Mme Manen, votre épouse. Originaire de Bessèges, vous l’avez connue alors qu’elle était fileuse de soie à Maison Rouge, logeant sur place avec une cinquantaine d’autres jeunes filles. Tout au long de 48 années de vie commune, souvent dans l’ombre, laborieuse et s’occupant des tâches qui ne placent pas au devant de la scène, comme beaucoup de femmes cévenoles, elle a simplement été à vos côtés, vous soutenant en toute circonstance. Je me dois aussi de saluer la présence d’Yvette Reboul, également originaire des environs de Reynols, qui vous accompagne depuis vingt ans avec dévouement et discrétion, dans une réelle complicité autour des Cévennes.
Je me rends compte que j’ai été long, trop long, mais comment évoquer un siècle de vie aussi remplie, en quelques mots seulement !
Pour terminer, je voudrais m’adresser à vos petits-enfants et arrière-petits-enfants pour les inviter à considérer avec reconnaissance ce rare privilège qui est le leur, celui d’avoir pu profiter de la présence d’un arrière-grand-père porteur d’une telle mémoire : si vous deviez un jour oublier quelque savoir que votre aïeul vous a transmis, conservez au plus profond de vous le souvenir des engagements et des combats qu’il a conduits pour faire vivre son pays, ses chères Cévennes, celles modestes de ses origines (il a toujours aimé et mangé du bajanat), mais grandes et nobles par leur spiritualité, leur histoire, et les valeurs universelles qu’elles portent. Vous, qui êtes sa lignée, soyez aussi ses continuateurs au service de ce pays que vous portez dans vos gènes. Et quand il ne sera plus là avec vous, souvenez-vous de cette méditation du pasteur Henri Manen à propos de l’histoire camisarde et du brûlement des Cévennes de 1703, qu’il évoquait dans ce lieu symbolique, proche du Reynols de vos ancêtres, le Plan de Fontmort, où plusieurs combats se sont déroulés et où une stèle a été dressée en mémoire de ce passé à la fois douloureux et héroïque : "… je voudrais préciser combien ce rappel vivant demeure paisible en nous et contradictoirement tourné vers l’avenir, comme ces deux pierres de schiste trouvées à l’endroit où on fouilla le sol pour placer le monument commémoratif. Elles étaient sans aucun doute de très humbles et anonymes dalles funéraires, dont les survivants avaient recouvert les pauvres restes humains de leurs camarades, ensevelis à même la terre. Utilisées par le service vicinal comme bornes kilométriques à ce carrefour, elles indiquent aux vivants la route des hommes, le chemin qui continue".
Ernest Manen remercia longuement les membres du Club Cévenol et particulièrement Daniel Travier pour son hommage. Adhérent au Club depuis 1937, il évoqua des souvenirs communs et ses activités au sein de la section locale, à la tête de la Commission d’Action jusqu’en 1983. Il rappela à son tour son engagement au service du tourisme des Cévennes, insistant particulièrement sur l’accueil des touristes. Il évoqua aussi ses démêlés avec des amis, aux idées quelquefois divergentes, concernant en particulier le petit train reliant Saint-Jean à Anduze, dont la création appartient à la municipalité de l’époque. Il termina son évocation en rappelant avec force son amour des Cévennes.
Il reçut des mains du président Cabanel le Tome I des œuvres de Calvin publié cette année par Gallimard, collection La Pléiade, pour marquer le 5e centenaire de sa naissance.
Et cadeau beaucoup plus intime : un livre d’or dans lequel figurent des photos le concernant et des hommages rédigés par les principaux dirigeants de l’association cévenole.
Les participants au congrès purent, eux-aussi, rendre hommage à leur centenaire en écrivant quelques lignes sur les pages laissées blanches.
Michel Anthérieu, maire de Saint-Jean-du-Gard, lui remit la Médaille de la ville.
Ce fut ensuite au tour de Patrick Cabanel de rendre hommage à son prédécesseur à la tête de l’association, Jean-Hugues Carbonnier, en lui décernant la Grande Médaille du Club Cévenol. En quelques mots, il retraça la vie de l’ancien président, à la tête du Club de 2002 à 2008, "un de ces hommes qui ont réussi en dehors des Cévennes" et qui ont œuvré à la fois à la ville et en Cévennes.
Il rappela son engagement total, en tant qu’avocat (spécialisé dans le droit du travail), dans l’affaire du barrage de La Borie et pour le Club auprès des Editions Privat, insistant sur sa réussite, en particulier en dehors de notre région.
Il mit l’accent sur ses fonctions extra-professionnelles. Il est en effet lieutenant-colonel de réserve et fut Secrétaire Général de la Société d’Histoire du Protestantisme Français.
C’est avec "sérénité et élégance" qu’il sut pendant six ans diriger le Club Cévenol, succédant aux vingt années de présidence du professeur Philippe Joutard, "une tâche pas très facile" souligna le président Cabanel.
À son tour, Jean-Hugues Carbonnier remercia son successeur à la tête de l’association pour ses paroles d’amitié et l’honneur qui lui était fait.
Dans un premier temps, il évoqua son histoire avec le Club Cévenol, qui a démarré lors d’une rencontre à Paris. Passionné des sémaphores, il avait pris contact avec André de Rouville, à l’époque Inspecteur des Ponts et Chaussées et président du Club Cévenol. Il découvrit l’association et ses fortes personnalités, diverses et opposées, unies dans l’amour des Causses et des Cévennes.
Il insista ensuite sur la force des sections et l’énergie déployée par leurs responsables. Élu président, il s’entoura de personnes compétentes, dont les noms évoquent des personnalités prestigieuses de l’association : Jacques Poujol, Georges Lafont, Jean-René Arnal, petit-neveu du fondateur du Club Cévenol. Il exprima sa gratitude à tous ceux qui l’ont aidé dans sa tâche de président, Philippe Joutard, Daniel Travier, Olivier Poujol, Christian Greffeuille…
Il termina son intervention en rendant hommage nominativement et publiquement à tous ceux qui, hommes et femmes, font fonctionner le Club et qui ont au cœur son esprit : "un esprit d’enthousiasme pour notre pays, un esprit de bénévolat et d’action volontaire et désintéressée et le refus du découragement devant les difficultés".
Un rapport moral très complet
À son habitude, le vice-président Jean-Luc Bonniol présenta un rapport moral et d’activités important, rappelant les faits marquants de l’année écoulée depuis le dernier congrès. Evoquant la présence du président Cabanel, il salua son engagement pour "de nouveaux chemins et combats" : fonctionnement de la ligne SNCF Nîmes – Clermont-Ferrand ; projet d’enfouissement à Saint-Julien-de-la-Nef ; projet de Saint-Pierre-des Tripiers ; inauguration de la stèle de La Picharlerie ; septième centenaire de la naissance d’Urbain V ; hommage à Pierre Combet pour son action à la Foire de Marseille ; vocation touristique de Saint-Jean-du-Gard ; les 130 ans du voyage de Stevenson et les 100 ans de la ligne Anduze – Saint-Jean-du-Gard ; spectacle La Nuit des Camisards, dont notre revue a fait l’écho…
Jean-Luc Bonniol posa ensuite la question du devenir du Club Cévenol et mit l’accent sur la baisse des adhérents. Il rappela le rôle de l’association et la grande qualité de la revue, sans oublier les publications sur notre région, annonçant un numéro spécial de Causses et Cévennes sur la candidature des Cévennes et des Causses au Patrimoine Mondial de l’Humanité de l’UNESCO et un livre sur Les lieux de mémoire des Cévennes.
Le vice-président du Club éprouve "la nécessité de dynamiser l’association, d’ouvrir sa communication en intégrant les jeunes générations".
Un rapport financier accessible
Le trésorier général Olivier Gauch présenta un rapport financier précis avec simplicité et accessible à tous.
Le chiffre d’affaires de l’association est de 30 000 euros. Elle accuse un déficit de 1 000 euros. La situation patrimoniale du Club est saine. Il n’y a pas de dettes et la trésorerie, qui dépend essentiellement des correspondants des sections, possède des réserves.
Il exprima sa reconnaissance à son adjointe, Elisabeth Mercier-Salvador, qui réalise un travail important avec les responsables des sections du Club.
Les deux rapports furent votés à l’unanimité.
Une commission toujours active
Le président de la Commission d’Action du Club Cévenol, Christian Rebotier, a rappelé les principaux vœux présentés aux deux dernières réunions, au Collet-de-Dèze et à Monoblet.
65 personnes en moyenne ont assisté à ces deux rencontres.
Le pélardon, classé AOC, n’est toujours pas présenté dans l’édition courante du Petit Larousse illustré, alors qu’il se trouve dans celui des six volumes.
La stèle de La Picharlerie, initiée par la section de Saint-Etienne-Vallée-Française, a été inaugurée le 8 mai 2009 par Mme la Préfète de la Lozère, Françoise Debaisieux, en présence des représentants du Club Cévenol et des autorités locales. Le dispositif de signalisation à la mémoire du maquis de la Picharlerie comprend aussi 21 balises de randonnées, 17 panneaux historiques, 3 panneaux routiers et une table d’orientation.
Christian Rebotier, profitant de la présence du conseiller-général Lucien Affortit, président du Comité départemental de Tourisme du Gard, et celle du maire de Saint-Jean, a relancé le projet de mise en sécurité et de réouverture du petit pont franchissant un affluent du Boisseron, sur la commune de Sainte-Croix-de-Caderle et de Saint-Jean-du-Gard.
Un local sécurisé pour entreposer les anciens numéros de Causses et Cévennes existe à Saint-Jean depuis le 16 juillet 2008.
En ce qui concerne le centre d’enfouissement de Saint-Julien-de-la-Nef, suite à une expertise de la SOCOTEC, le coût de la dépollution serait égal au tiers de l’estimation initiale. Dans ces conditions le "spectre Nicollin" s’éloigne.
Le référé suspensif concernant le projet de Saint-Pierre-des-Tripiers a été gagné par l’association de défense sur place. Le jugement sur le fond est programmé pour le 4 septembre 2009.
Le classement des Cévennes et des Causses au Patrimoine Mondial de l’Humanité de l’UNESCO peut être espéré pour 2011.
Malgré des problèmes administratifs, la mise en place du premier chemin Barre-des-Cévennes – Le Pont-de-Montvert est prévue pour l’été 2010 dans le cadre des Itinéraires au Pays des Camisards. Cette action est pilotée par le Parc National des Cévennes.
La revue Causses & Cévennes
La Directrice-Gérante, Pat Valette, présenta les sujets des prochains numéros de la revue.
Le n° 4 (2009) sera consacré au compte-rendu du 109e Congrès du Club Cévenol.
Le n° 1 - 2010 aura pour thème la candidature des Causses et des Cévennes au Patrimoine Mondial del’Humanité de l’UNESCO
Le n° 2 - 2010 présentera Les Vans en Ardèche, lieu du 110e Congrès
Le n° 3 - 2010 pourrait être consacré à des problèmes présentés par les sections ou des associations locales. Celui de l’implantation des éoliennes a été évoqué. À suivre…
Le n° 4 - 2010 sera consacré au Congrès des Vans.
Avant de terminer la partie administrative et le débat final toujours aussi passionné, Patrick Cabanel soumit au vote l’élection d’Elisabeth Mercier-Salvador au poste de Trésorière Générale Adjointe et de Martin Trouchaud à celui de Secrétaire Général. Tous deux furent élus à l’unanimité.
Lors de l’assemblée générale extraordinaire qui suivit, un changement des statuts fut opéré en ce qui concerne le nombre des administrateurs. Il passe de 24 à 30 personnes.
Un débat passionné
Plusieurs personnes prirent la parole au cours du débat de clôture de la partie purement administrative.
Le Conseiller-Général Lucien Affortit rassura le président Rebotier concernant l’aménagement du petit pont, dont il fut question plus haut. Le Conseil Général aidera à la réalisation du projet. La municipalité de Saint-Jean et son maire, Michel Anthérieu, y sont également favorables.
Le Conseiller-Général déclara que les autres secteurs du département enviaient le rôle joué par le tourisme en pays cévenol et l’action efficace des offices de tourisme et syndicats d’initiatives cévenols.
Le Directeur du Parc National des Cévennes, Jacques Merlin, tint lui aussi à rebondir sur le rapport moral, assurant de son soutien et de sa reconnaissance les efforts réalisés par le Club dans la défense du patrimoine et des différentes actions qu’il mène avec succès.
Il regretta la situation politique actuelle de "stand-by" et souhaita des relations plus importantes entre les territoires et le Parc. Il est nécessaire de mobiliser les politiques afin d’assurer une véritable politique cévenole en créant une charte.
André Gaujac rendit hommage à Georges Lafont et à sa famille en ce qui concerne La Picharlerie et aux cheminots du CFD dans la résistance.
Jacques Monteil, de la section de Lasalle, exprima sa reconnaissance à M. Donadieu de Vabres, récemment décédé, et regretta le "dépositionnement" du Club concernant la culture cévenole. Il rendit hommage aux "forces vives" du Club Cévenol et souhaita qu’elles continuent d’une manière plus efficace à œuvrer dans les vallées, en se sentant encore plus concernées.
Jean-René Arnal souhaita le nettoyage de deux plaques à la mémoire de Paul Arnal, fondateur du Club, qui se trouvent à Florac.
La présidente de l’association Sur le Chemin de Stevenson, Anne Nourry, rappela le succès obtenu l’année dernière par la Rando des 130 ans du voyage de R.L. Stevenson et de l’exposition présentée au Congrès qu’il est possible de recevoir dans les sections du Club.
Daniel Travier signala la présence d’une vitrine sur Stevenson au Musée des Vallées Cévenoles. Une borne sur l’auteur écossais est en cours de réalisation.
Le président Cabanel a annoncé la tenue du Congrès 2011 à Florac et d’un colloque sur les nouvelles populations, qui vont changer l’avenir des Cévennes.
Déjeuner à l'Espace Paulhan
photo Pierre Valette |
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Visite de Saint Jean du Gard
Après l’apéritif offert par la Municipalité de Saint-Jean-du-Gard sous la Salle Stevenson et le repas très copieux (plutôt un "banquet" dans la tradition des repas d’antan) pris dans les jardins de l’Espace Paulhan, quelques participants visitèrent une partie de Saint-Jean, en fait une visite guidée par Daniel Travier ayant pour thème le passé textile de l’agglomération. D’autres visitèrent le Château sous la conduite de M. et Mme André, propriétaires du bâtiment.
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Le samedi après-midi,
visite des filatures de
Saint Jean du Gard
avec Daniel Travier
photo Pierre Valette |
Une randonnée à Valescure
Dimanche matin 30 août, de fort bonne heure, pour éviter la chaleur de la journée, un groupe de quinze personnes découvrit, sous la forme d’une randonnée, le projet pilote Ressource en eau de Peyrolles, présenté dans le numéro 3 - 2009 de notre revue.
Guidés par un des auteurs de l’article, M. François Abbou, Maire de Peyrolles, les participants suivirent un sentier dans la forêt de Valescure, d’une richesse en architecture vernaculaire incomparable et qui mériterait d’être classé et devenir un sentier d’interprétation du patrimoine cévenol.

Lors de la randonnée du dimanche,
la carte des tancats
photo Pierre Valette |
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François Abbou explique le travail sur les tancats aux congressistes randonneurs
photo Pierre Valette |
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Ensemble de tancats à Valescure
photo Pierre Valette |
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Les tancats, ou seuils maçonnés en pierres sèches avec gourgues recreusées ont été restaurés pendant sept ans par des personnes en chantier d’insertion (voir article pp.568-570, Causses et Cévennes n°3 - 2009).
Un double but fut atteint : la restauration d’un patrimoine pierre sèche, autrefois réalisé par nos ancêtres cévenols, et la création d’emplois chez des personnes en marge du monde du travail. Deux d’entre eux, paraît-il, sont devenus des "muraillers", dans la pure tradition et le savoir-faire des constructeurs en pierre sèche. |
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