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Compte-rendu de la Commission d'Action
27 novembre 2011
au Château de Florac, siège du Parc national des Cévennes
Sujet principal :
Le classement des Causses et des Cévennes au Patrimoine mondial de l'humanité (UNESCO) : atouts, limites et insuffisances

2e sujet :
Le Club Cévenol est-il une association comme les autres ?
Réflexion sur notre "identité"

Après un accueil convivial autour d’un café et des croissants préparé par le Parc National des Cévennes, Rémi Noël (président de la Commission d’Action) ouvre les travaux de la Commission d’Action à 10 heures en remerciant le Parc pour son accueil dans ses locaux et pour sa participation à notre réflexion.
Il présente les excuses des personnalités invitées n’ayant pu assister à cette Commission :
Jacques Merlin, directeur du PNC, Patrick Cabanel, président du Club Cévenol, Jean-Hugues Carbonnier, Daniel Travier, Christian Rebotier, William Rouger, Madeleine Vitry-Martin, Elizabeth Mercier-Salvador, Denis Montet, Daniel Velay (Maire de Florac), Cathie O’Neil (Artisans-bâtisseurs en pierre sèche), Sandrine Cendrier (Hameaux durables en Cévennes), Anne Giral (Relance Lozère), Pierre Sampietro (Direction des entreprises Lozère), Jean-Charles Commandré (Président de la Communauté des Communes de la Jonte), Henri Couderc (Président de la Communauté des Communes Tarnon-Mimente), Michel Ringot (adjoint au Maire de Saint-Julien-d’Arpaon), Benjamin Fouilleron et Sylvain Lhuillier, (chargés de mission Pays Causse-Gorges-Cévennes).

Les Sections représentées : Barre des Cévennes (Aïgo-vers, Neige Calzadu et Henri Fallet) ; Paris (Jean-René Arnal) ; Lasalle (Guillemette et Alain Chevallier, Claude Milan) ; Montpellier et Hérault (Josiane et Pierre Julian, de l’Association Les Amis de Saint-Flour-du-Pompidou et Laurent Payrou) ; Païolive, Ardèche (Hélène Couratin et Jean-François Holthof) ; Saint-Jean-du-Gard (Sylvie Lucas et Mme Puech) ; Saint-Germain-de-Calberte (Anne-Sylvie et Hubert Pfister) , Valleraugue (Henriette et Marc Durand) ; Anduze (Françoise Balmes, Hélène Noyre, Paule et Gérard Dupuis, Rachel et Jacques Barral) ; Le Vigan (Pat et Pierre Valette) ; et aussi Micheline Chlepko (Mialet).

Serge Védrines, adjoint au Maire de Florac, souhaite la bienvenue aux participants en rappelant l’histoire du Club Cévenol lequel, dès 1913, émettait le vœu de création d’un parc national autour du Causse et des Cévennes. Natif du Causse, il rappelle son attachement à ses racines et son souci de préserver ce patrimoine qui doit contribuer à la prospérité de ce territoire, partageant en cela l’esprit du Club Cévenol, dont il félicite l’action.

Alain Argillier, Maire de Vébron et Conseiller Général de la Lozère, souligne le rôle du Club Cévenol pour toutes ses réflexions autour de la valorisation et de l’avenir de ce pays, tant en matière de tourisme que de forêt, source d’inspiration ultérieure pour l’action des élus locaux.

Pour la récente inscription au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO, il rappelle que là encore le Club Cévenol avait su, lors des précédentes réunions, trouver et défendre des idées-forces sur ce thème, rassemblant sur ces dernières les gens de tout un territoire.

Rémi Noël invite alors Richard Scherrer, chargé de mission au Parc, à présenter le contenu du classement par l’UNESCO. Utilisant photos, planches, diagrammes, cartes et de textes projetés pour une meilleure lisibilité de son propos, il expose à la Commission le dossier technique.
commission d'action au Vigan
de gauche à droite : François Rouveyrol,
Richard Scherrer, Claude Milan, Serge Védrines,
Rémi Noël, Pat Valette, Gilles Patrice.
Photo Pierre Valette

L’Inscription du Bien (et non pas «le classement»)
Après une vingtaine d’années d’efforts et d’aléas socio-politiques divers, ce dossier, initié dès le début des années 90 par le Parc National des Cévennes, vient de connaître son aboutissement en juillet dernier, lors de sa troisième présentation. Les experts de l’ICOMOS mandatés par l’UNESCO, ont souhaité focaliser l’inscription de ce territoire sur le thème des paysages culturels maintenus par un agropastoralisme traditionnel (ICOMOS : International Council on Monuments and Sites, O.N.G. œuvrant à la valorisation et la conservation du patrimoine).
L’UNESCO dépasse dans ce site de classement le seul cadre des Sites et Monuments pour considérer le travail des hommes et leur histoire du territoire inscrit comme Bien Mondial de l’Humanité. Le périmètre a été classé en fonction des unités paysagères, des éléments culturels, des parcours, des estives, et des territoires avec une forte densité d’élevage et de draille. La "valeur universelle exceptionnelle" retenue ici fait référence à l’agro-pastoralisme comme réponse commune au sud-ouest de l’Europe, pour la valorisation d’un espace par un système dynamique et viable dans un contexte vulnérable.

Le Territoire classé se répartit en deux zones : celle du "Bien Mondial de l’Humanité" à proprement parler (les mesures du plan de gestion s’y appliqueront) et une zone tampon. Il s’agit d’un territoire immense, de faible densité de population et de 30 000 ha, répartis sur quatre départements : 35 communes concernées en Aveyron (ville-porte Millau), 86 dans le Gard (ville-porte Alès), 28 dans l’Hérault (villes-portes Lodève et Ganges) et 82 en Lozère (ville-porte Mende) ; sur deux régions : Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, englobant de grandes entités institutionnelles - les Parc National des Cévennes, le Parc Naturel Régional des Grands Causses et les C.P.I.E. (Centres Permanents d’Initiative pour l’Environnement) des Causses Méridionaux.
Ce territoire classé concerne ainsi les principaux Causses (Méjean, Noir, Sauveterre, Larzac), grands espaces maintenus ouverts ou occupés par des dolines cultivées, zones karstiques comprenant aussi vallées et gorges qui entaillent les Causses (Tarn, Jonte, Dourbie et Vis), les Hautes Cévennes partiellement schisteuses, avec les crêtes et la Corniche des Cévennes, en englobant la Vallée Borgne et l’avancée jusqu’au Col de l’Asclier, les drailles et la Can de l’Hospitalet et enfin les massifs granitiques des Monts Aigoual et Lozère.

L’idée forte du dossier : le paysage des hautes terres cévenoles et caussenardes a été façonné par l’homme et ses troupeaux. Cette dynamique vivante et évolutive, entretenant des milieux ouverts exceptionnels, est aussi une richesse de biens culturels par les traditions agro-pastorales qui les ont créés. Ce témoignage et cet héritage de plusieurs siècles de présence d’éleveurs et d’agriculteurs doivent être préservés.

Les trois axes majeurs du dossier : agro-pastoralisme, paysages, biens culturels. Excepté le nomadisme, tous les types d’agro-pastoralisme présents sur le pourtour méditerranéen existent dans le Bien classé "Causses-Cévennes" : agro- et sylvo-pastoralisme, transhumance et pastoralisme sédentaire. Les systèmes actuels sont restés proches des traditions. Seule la pérennité de cet agro-pastoralisme maintiendra les paysages culturels et les biens culturels classés. Il s’agit de toute une logique de l’exploitation du territoire rural où l’activité humaine agricole s’exerce sur l’ager (ensemble des terres cultivées), le saltus (ensemble des landes, parcours, pâturages) et la sylva, partie forestière du territoire.
On y constate une dynamique agricole nouvelle : le cheptel ovin compte aujourd’hui 350 000 têtes, en hausse de 5,4 % depuis 1988, bovin 28 000 (plus 60 %), transhumants 23 500 pour 97 éleveurs. Quelques races-clé : brebis Raïole, Caussenarde des Garrigues, Blanche du Massif Central et Lacaune. Il en de même pour les bovins avec la race Aubrac.

Depuis trois millénaires, ces paysages culturels perdurent avec les dômes dénudés des Monts Lozère et Aigoual, les plateaux calcaires avec leurs gorges profondes et les vallées cévenoles boisées. Cette structure paysagère, couplée aux caractéristiques physiques (climat, roche, exposition…) est la base de l’unité de ce territoire, formant une culture agro-pastorale commune. Les efforts d’intégration et d’adaptation des hommes au cours des âges permettent de parler de "paysages culturels".

L’empreinte de l’homme sur le territoire des Causses et des Cévennes.
Pré- et protohistoire : le mégalithisme et les enceintes protohistoriques, mais aussi les crêtes cévenoles, sont les témoins de l’utilisation agro-pastorale du pays par les troupeaux ayant créé les premiers axes de communication.
Antiquité : l’utilisation gallo-romaine du territoire s’exerce à partir des lieux de pouvoirs proches (Javols, Rodez, Millau, Nîmes…). Localement, sur les hautes terres se développent les usages agricoles et forestiers (fours). Une des premières mentions écrites de l’élevage en Narbonnaise se trouve dans le plaidoyer de Cicéron (en 69 av. J-C). Les pecuarii, colons romains éleveurs, sont installés dans cette province conquise et devaient certainement pratiquer l’estive, activité courante chez les peuples latins.
Moyen-Age : l’usage agro-pastoral s’intensifie sur les Hautes Terres au temps des Ordres monastiques (Saint-Victor-de-Marseille, Gellone), puis création de lieux-relais d’exploitation sur les Causses et dans les Cévennes. La transhumance se développera autour des vieux relais caussenards et cévenols. On peut citer l’exemple du Rozier : dès les XIe et XIIe siècles, un prieuré se crée. Puis un deuxième relais se met en place à Saint-Pierre-des-Tripiers (anciennement des Estripards, les défricheurs). On défriche puis, sur le plateau, on amène les troupeaux pour occuper le territoire. Lorsqu’il n’est plus possible d’effectuer avec les bêtes un aller-retour dans la journée, on crée un autre relais, une bergerie, et des populations se fixent sur le plateau. Ces lieux-relais (Le Rozier, Sainte-Enimie, Cendras, l’Abbaye du Bonheur, et d’autres également sur le Mont Lozère), contrôlés par les Ordres, permettent de combiner au mieux les possibilités du foncier. En passant de la montagne à la plaine au gré du calendrier et des ressources, on contrôle et on gère tout un territoire.

commission d'action au Vigan
Une partie de l'assistance. Photo Pierre Valette
Epoque moderne et contemporaine : au XVIIe siècle, l’Intendant du Languedoc souligne la richesse du pays pour sa production lainière (apogée de la transhumance au milieu du XIXe siècle) et les 500 000 ovins. Après la seconde guerre mondiale, le système se maintient avec plusieurs phénomènes évolutifs : augmentation de la taille des troupeaux, intensification de l’exploitation des terres les plus riches, introduction de bovins et d’équins puis, apparition des AOC.

Les Biens culturels. C’est une liste de biens et d’objets mais aussi de traditions qui témoignent d’une maîtrise de l’environnement et racontent le contrôle et l’organisation des pouvoirs sur le territoire. Notons les drailles, les ponts moutonniers, les bornes, les dolines, (dépressions circulaires en paysages karstiques dont le fond est occupé par des terres rouges - argiles - plus ou moins imperméables - les rendant propres à la culture), les jasses (bâtisses ouvertes à tous vents, pour le repos des troupeaux), les bergeries, les cazelles (cabanes de pierre sèche abritant les pâtres des intempéries, les clapas (amoncellement très important de débris rocheux lors d’opérations d’épierrement), les lavognes (de lavanha en occitan, petites dépressions sur les Causses aménagées dans des creux naturels étanchés par un tapis argileux, le bord pavé de pierres calcaires pour capter les eaux et empêcher la détérioration du lieu par les sabots des troupeaux qui vont y boire), les toits-citernes, les terrasses, les subes (fosses à loups - constructions particulières encore visibles), les attributs végétaux tels que les bouissières (trouées de buis taillées permettant au troupeau de se protéger du soleil et du vent), les frênes et les chênes verts, les places de foires et foirails (avec ces villages-rue typiques d’une organisation des foires autour de plusieurs places de marché, tel Barre-des-Cévennes), les traditions et la pharmacopée indigène (utilisation d’huile de cade….).
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Le dossier de candidature comprend évidemment un engagement de la France à mettre en action les moyens nécessaires au maintien de ces paysages culturels et de ces Biens culturels.

Les questions soulevées par le dossier. Cette inscription au patrimoine mondial implique des responsabilités pour le gestionnaire du Bien classé. La France aura-t-elle la capacité de gérer un territoire aussi vaste et à en fédérer tous les acteurs ? La faible densité de population n’est-elle pas un handicap ? La gestion des paysages ouverts par le maintien d’un agro-pastoralisme extensif sera-t-elle possible avec l’intensification des pratiques d’élevage, même si le Parc National des Cévennes y travaille depuis de longues années ? Le nombre important de Biens culturels mis en avant dans le dossier implique une sélection et des priorités. Quels acteurs vont s’impliquer ? Par exemple, comment restaurer les 200 km de drailles existantes et toutes les lavognes ? Comment maîtriser un probable développement des fréquentations touristiques ? Comment aboutir en liaison avec les collectivités territoriales à un urbanisme adapté et de qualité ?

La structure de gestion du "Bien". Trois instants sont prévus pour organiser la gestion du Territoire inscrit : un "Comité d’orientation" associant dans la réflexion territoire et partenaires ; une "Conférence territoriale" représentative des acteurs locaux décidant des orientations à prendre ; une "Mission technique" se chargeant de la mise en œuvre de l’opérationnel. Une étude et une intégration des documents de gestion des diverses structures existantes, telles le Parc National des Cévennes et le Parc Naturel Régional des Grands Causses, sera faite en premier lieu. Le Parc National a déjà anticipé cette démarche par sa délibération du 15 novembre 2011, déclarant qu’un lien étroit entre la Charte du Parc et le Plan de Gestion du Bien UNESCO est indispensable.

Les conséquences : l’UNESCO n’impose aucun règlement ni interdiction. La France devra montrer sa capacité à gérer par l’incitation, la réglementation ou par un mélange des deux. Le Bien ne se gèrera pas comme un Parc National ou un monument historique. La cohérence du discours entre structures et acteurs du terrain devra permettre une bonne compréhension et lisibilité de la valeur du Bien par les habitants, puis par les visiteurs.

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Les débats de la Commission

Hubert Pfister (Président de la Communauté des Communes des Hauts Gardons) : "L’immensité du territoire me met mal à l’aise. Combien de temps faudra-t-il pour en explorer les plus de 300.000 hectares? Ce couplage de deux pays très contrastés nous interroge. On n’en montre pas assez les réalités différentes : la notion d’agro-pastoralisme les gomme, ne serait-ce qu’en matière de conduite  des troupeaux. Il y manque aussi le fait socioculturel : on nous présente des paysages façonnés par l’homme… mais le lien humain, culturel, semble oublié". Hubert Pfister rappelle aussi qu’il était plus à l’aise avec le projet déposé en 2005. "Les limites du territoire inscrit vont jusqu’à dénaturer le Parc National des Cévennes : dans cet  empilement extraordinaire de boîtes ne figurent même pas les Hauts-Gardons de ma région cévenole. Cela me gêne. Toutes les Cévennes schisteuses sont enlevées. Cela ne passe pas bien dans la population et nous l’avons dit au Préfet : s’il y a bien le nom des Cévennes, il y manque leurs vallées! Causses et Cévennes sont classés. Il faut en faire quelque chose. La première thématique qu’on nous propose, c’est l’aspect touristique et ses avantages en matière de fréquentation. Les réunions avec les élus devraient donner du sens à cette inscription au Patrimoine Mondial en renforçant d’abord l’agro-pastoralisme cévenol et caussenard. Les touristes pourront venir ensuite. Un travail devra se porter en premier lieu en direction des populations pour qu’elles soient des partenaires conscients des enjeux de cette inscription : mieux connaître et aimer notre patrimoine pour mieux le partager et le faire aimer à nos visiteurs".
Hubert Pfister propose que l’on travaille sur le thème  Les Cévennes au risque du classement : "Il nous faudra trouver les moyens d’utiliser cette inscription au Patrimoine Mondial pour y réinscrire la pleine valeur du lien culturel qui lie la population cévenole. Nous voulons faire des Cévennes une terre vivante et non un musée : restaurer les drailles, les terrasses, les systèmes hydrauliques, les forêts… en partant toujours des populations et de leurs besoins."

Alain Chevallier (Section de Lasalle) : "Faut-il faire de ce territoire un musée, un conservatoire de l’agro-pastoralisme? Notre section essaie de faire partager l’histoire et la vie des Cévennes. Lorsqu’on nous questionnera sur l’agro-pastoralisme, nous pourrons certes parler du rôle initial des moines dans la mise en valeur pastorale de nos vallées, jusqu’à l’aide à apporter aux éleveurs d’aujourd’hui qui en ont besoin si l’on veut conserver des pratiques traditionnelles. Mais nous souhaitons aussi aborder la dimension liée à l’histoire protestante qui a marqué nos populations et leurs pratiques : comment en parler aux nouveaux habitants et aux touristes, si cette dimension est ignorée dans le dossier UNESCO ?".

Rachel Barral (Section d’Anduze) et d’autres constatent que bien des éleveurs se heurtent au problème du foncier pour étendre leurs pâtures, notamment suite au coût des terres qui s’envole.

Autour d’une remarque de Rémi Noël faisant valoir qu’il sera difficile d’entretenir les espaces ouverts avec la dent de l’animal, selon les pratiques traditionnelles, dans un contexte économique où l’élevage s’intensifie et où les animaux quittent de moins en moins leur bergerie ou leur étable, un consensus de la Commission d’Action se dégage autour du constat de l’embroussaillement actuel d’espaces autrefois ouverts et des efforts importants à faire dans le cadre de l’inscription au Patrimoine Mondial pour maintenir durablement les éléments qui l’ont motivée.
Sur les 35 000 brebis recensées sur le territoire, seuls 25 000 "ovins viande" transhument, participant de ce fait à l’entretien général du territoire et de ses hautes terres. Les autres pour l’essentiel font du lait et des agneaux, mais demeurent tributaires des lieux de trait, leurs déplacements étant limités et restreints pour des raisons de productivité. Les pacages et les parcours qui sont moins entretenus par les bêtes s’embroussaillent et se ferment. Des fronts forestiers progressent de façon incontrôlée. Le pin finit par fermer de grandes territoires et multiplie les risques de feux. Or, le tourisme a besoin d’images attractives fortes comme celle de la transhumance, qui nécessite drailles, parcours ouverts, jasses, bergeries et bergers. Elles ne seront pérennes que si elles sont soutenues largement par les pouvoirs publics. Richard Scherrer : "Il est vrai que celui qui fait du lait et dépend de grands groupes (Nactalis-Roquefort) a plus de contraintes que l’éleveur de bêtes de boucherie, entre la traite matin et soir, la sortie du troupeau et son alimentation appropriée à la lactation. De plus, la nécessaire augmentation de sa taille pour des raisons de rentabilité, pose des difficultés. Les brebis sortent peu et s’éloignent moins loin des bergeries. C’est une réalité. Les pratiques de l’agro-pastoralisme d’aujourd’hui devront s’adapter pour trouver des solutions à la fermeture progressive des espaces, à la progression du pin et à l’augmentation de la taille des troupeaux. Rien n’est acquis : l’UNESCO l’a pointé dans le dossier comme une de ses faiblesses."

Les membres de la Commission d’Action issus des vallées cévenoles font remarquer que cette problématique de faire sortir les troupeaux laitiers se pose aussi en Cévennes pour le pélardon et son A.O.C. : les chèvres devraient pâturer en extérieur environ 220 jours par an. Or, il faut avoir l’œil particulièrement exercé pour trouver ces bêtes dehors… L’élevage bovin viande qui se développe par ailleurs de façon continue, suite à la politique agricole commune, peut-il être une réponse à cette nécessité de maintenir des espaces ouverts ?

Le débat autour de ces remarques fait ressortir que les outils "Parc National", "Parc Naturel Régional" et "Zone Natura 2000", largement présents sur le territoire du classement, constituent des leviers à utiliser pour relancer des pratiques d’élevage compatibles avec la pérennité de cette inscription des Causses et des Cévennes au Patrimoine Mondial de l’Humanité.

Claude Milan (coordinateur des Sections du Club Cévenol) souhaite un questionnement plus approfondi sur tous ces thèmes. Particulièrement intéressé par ce dossier d’inscription au Patrimoine de l’Humanité, il se propose de représenter le Club Cévenol au "Comité d’orientation" ou à la "Conférence territoriale" lorsque ces instances seront mises en place.
La Commission d’Action approuve cette candidature, qui sera soumise au vote du prochain Conseil d’Administration de Club Cévenol.
commission d'action au Vigan
Rémi Noël et Serge Védrines lors de la réception
à la mairie. Photo Gérard Dupuis


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Examen des vœux

Rémi Noël demande à Pierre Julien, de l’association Les Amis de Saint-Flour-du-Pompidou, de présenter le vœu qu’il a adressé à la Commission d’Action. Devant le poids pris par le secteur des Causses dans l’affaire de l’inscription au Patrimoine de l’Humanité, au détriment des Cévennes, son association souhaiterait créer un lieu fort d’accueil touristique sur le versant Cévennes. Le site de la ferme des Boissets sur le Causse de Sauveterre privilégié par le Conseil Général de la Lozère à cet effet lui paraît trop marqué "Causse".
Le Pompidou, à la jonction du schiste et du calcaire, des vallées cévenoles et des Cans, lui semble beaucoup plus propice. Cette commune dispose déjà d’un bâtiment également propriété du Conseil Général, en l’occurrence, l’église romane de Saint-Flour, qui présenterait pour le site UNESCO des particularités symboliques fortes. Par exemple, alors que sa construction est en pierre calcaire, sa toiture est de schiste. Qui plus est, elle est posée sur le schiste, au pied de la Can de l’Hospitalet. Beaucoup d’éleveurs du Pompidou ont des terres sur le schiste et d’autres sur le calcaire.
Par ailleurs, il se trouve au Pompidou une grande et belle maison, l’Auberge du Cheval Blanc, qui est à vendre. L’idée serait de demander aux pouvoirs publics de s’intéresser à cet ancien relais de poste, lieu symbolique en effet entre Causses et Cévennes.

Après de brèves échanges où certains soulignent qu’il existe d’autres lieux symboliques de cette union du schiste et du calcaire, comme Barre-des-Cévennes par exemple, Rémi Noël propose de transmettre ce vœu au prochain Conseil d’Administration du Club Cévenol pour débat et approbation éventuelle.

Gilles Patrice, secrétaire de la Commission d’Action, émet le vœu de voir organiser un suivi des divers vœux que nous avons déjà examinés, ainsi que des sujets d’actualité (gaz de schiste, charte du Parc National, inscription à l’UNESCO, etc.

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Faute de temps, la question de l’identité du Club Cévenol, soulevée lors du Congrès de Barre par Olivier Gauch, sera reportée à la prochaine Commission d’Action.
Il serait bon de nous interroger sur les particularités de fonctionnement du Club et sur son esprit. Une réflexion pourrait s’engager dans nos Sections sur les finalités du Club, ce qu’elles étaient en 1894 à sa création et les différences éventuelles après 116 ans d’existence, comment moderniser le Club Cévenol, améliorer son fonctionnement, son financement, la circulation de l’information, les prises de décision.

La prochaine réunion de la Commission d’Action se tiendra à Soudorgues (près de Lasalle, Gard) au printemps 2012 et la date en sera fixée avec l’accord d’Olivier Gauch et de Claude Milan.
Elle examinera donc deux thèmes : "Quel Club Cévenol pour demain ?" (Rapporteur : Oliver Gauch) et "Quel tourisme développer, en accord avec l’inscription au Patrimoine Mondial de l’Humanité ?" (Rapporteur : Claude Milan).
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Rémi Noël clôt les travaux de la Commission d’Action à midi, pour répondre à l’aimable invitation de la ville de Florac à partager un apéritif de bienvenue à la Mairie.

Serge Védrines, Premier Adjoint, représentant Daniel Velay, Maire de Florac empêché, accueille les participants pour un pot de l’amitié, riche en spécialités locales, dans le cadre de la salle du Conseil Municipal, superbement installée dans les anciennes halles.
commission d'action au Vigan
Les participants à la réception
à la mairie. Photo Gérard Dupuis
Il rappelle la portée symbolique du fait de tenir une Commission d’Action à Florac, ville qui eut l’honneur de connaître la création du Club Cévenol en 1894 par le Pasteur Arnal. "Beaucoup connaissent déjà Florac comme capitale du Parc National des Cévennes et notre savoir-faire en matière d’accueil : la Municipalité est tout à fait disposée à mettre sur pied un partenariat pour l’organisation ici même d’un prochain Congrès du Club Cévenol. Et je propose pour 2014 notre bonne ville de Florac : le Club aura 120 ans et, à cette occasion, ne pourra éviter de revenir chez nous, c'est-à-dire chez vous !"

Rémi Noël remercie chaleureusement Serge Védrines pour son bel accueil et prend note avec grand intérêt de cette généreuse invitation. La tenue du Congrès 2014 à Florac du Club Cévenol pourrait être officiellement votée en son Congrès 2012 à Mazamet.

Compte-rendu de Gilles Patrice
Secrétaire de la Commission d'Action
sous la responsabilité de Rémi Noël

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Nous remercions Rachel Barral, de la Section d’Anduze, qui apporte pour les lecteurs de Causses et Cévennes son témoignage sur l’après-midi qui suivit la Commission d’Action de Florac.

Après un très bon déjeuner dans un restaurant sympathique et intime, l'air frais et vif de Florac nous a surpris. Le soleil avait déjà déserté la ville à 3 heures de l'après-midi. Mais d'un pas alerte nous avons gravi ruelles et calades sous la houlette de Rémi Noël. Pour prolonger le thème de la matinée sur l'agro-pastoralisme, nous avons franchi le pont de la draille et avons suivi les pas des moutons sur la draille qui n'est plus empruntée aujourd'hui que par un seul troupeau. Vive l'agropastoralisme en Cévennes ! Le champ de foires à bestiaux si populaire jadis n'abrite plus que des voitures !
Nous nous sommes arrêtés avec respect devant la maison natale du pasteur Paul Arnal, fondateur du Club Cévenol, puis avons traversé le Parc Paul Arnal jusqu'à la Source du Pêcher. Est-ce que ce parc est rempli de pêchers ? Nenni. Nous avons appris que "pêcher" vient de l'occitan pesquié et signifie "vivier". Car l'élevage de la truite à Florac remonte à des temps très anciens, peut-être aux Romains. Pourquoi ? Parce que Florac regorge d'eau. D'abord les rivières qui l'arrosent, le Tarnon, le Tarn et la Mimente. Mais surtout ce qu'on nomme la Source du Pêcher, qui n'est pas une source mais une résurgence dont le débit est impressionnant toute l'année, et tout particulièrement cet après-midi-là après les fortes pluies de novembre. L'eau sort en bouillonnant et dévale en une cascade qui mérite vraiment le détour, pour parler comme Le Guide Michelin.
Après la truite, les hommes célèbres de Florac : Léon Boyer qui a conçu le viaduc de Garabit, construit par l'entreprise de Gustave Eiffel, et plus proche de nous, l'architecte Jean Nouvel.
Bien des aspects de Florac et de son histoire en particulier religieuse m'ont échappé et il faudra une autre visite.
Des dinosaures, je ne vis point. Des traces de dinosaures pas plus. La faute à la musique ! Un concert nous attendait à Saint-Jean-du-Gard et nous a empêchés de nous arrêter à Saint-Laurent-de-Trêves. A notre grand regret.

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Seuls de rares survivants à"l’air frais et vif de Florac" ont eu le plaisir de découvrir et apprécier le nouveau système d’interprétation des traces de dinosaures mis en place au Castellas de Saint-Laurent-de-Trèves par le Parc National des Cévennes l’été dernier. Ils purent y contempler en prime un grandiose coucher de soleil sur le Causse Méjean et la vallée du Tarnon. (N.D.L.R.)



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