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La rédaction
a choisi
pour vous
un article de M. Louis Balsan
sur le thème de l'eau |
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Le problème de l'eau sur les Causses
à travers les siècles
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Pour un esprit superficiel, les Grands Causses apparaissent comme un pays sec, un véritable désert. Tant il est vrai qu'en traversant rapidement par les routes le Méjan, le Noir ou le Larzac, l'absence d'eau est patente : pas le moindre ruisseau. C'est tout juste si çà et là se rencontrent quelques misérables "lavagnes" (1). |
| Mais les apparences sont trompeuses, car des filets d'eau serpentent sur le Larzac, lorsque la sécheresse n'est pas trop grande ; tel celui de Signoles. Et il ne faut pas oublier que des lacs s'y forment parfois, celui des Rives est bien connu. |
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(1) lavagne, ou lavogne : petite cuvette dans l'argile ou le rocher, plus ou moins naturelle, qui retient l'eau des pluies |
| La sécheresse n'est qu'extérieure et les Grands Causses constituent une réserve énorme en eaux souterraines. Les sources dispersées sur leurs pourtours, souvent considérables comme celles de Creissels, de l'Espèrelle, du Pêcher, parfois énormes telles les résurgences de la Foux de la Vis, du Durzon, du Cernon, de la Mouline, etc., montrent bien l'importance de la circulation souterraine de nos plateaux calcaires. |
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Dès l'apparition de l'homme sur les Causses, le problème de l'eau dut se poser à lui : d'abord pour son usage personnel, bien réduit sans doute, mais surtout pour celui de son troupeau, une brebis pouvant boire de 5 à 6 litres par jour.
Parmi les premières stations préhistoriques caussenardes, celle moustérienne des Canalettes, sur le Larzac, se trouve non loin d'un point d'eau permanent, et c'est vraisemblablement cette "source de vie" qui retint un moment l'homme préhistorique en ces lieux.
Au néolithique, et jusqu'à l'Age des Métaux, les pasteurs habitèrent les Causses. Les grottes, dolmens, stations de plein air prouvent une occupation assez dense et suivie. Le problème de l'eau dut devenir primordial pour eux. Ils développèrent sans doute les "lavagnes" ; mais, ouvertes à l'évaporation, ces réserves devaient se tarir aux premières chaleurs. C'est pourquoi nos ancêtres allèrent chercher l'eau dans ces "citernes naturelles" que sont les avens. Ils ne craignirent pas de descendre, avec leurs misérables cordages et des torches de résine, dans ceux qui n'étaient pas trop profonds. C'est ainsi que l'aven du Gendarme et celui de La Portalerie, tous deux sur le Larzac, furent visités par nos ancêtres caussenards ; nous avons retrouvé là leurs vases brisés, près des flaques d'eau ou sous les ruissellements des voûtes, des cadavres quelquefois car les accidents mortels étaient nombreux dans la nuit dangereuse des abîmes.
Les hommes semblent avoir éloigné leurs premières habitations des sources, des grottes ou des avens. Cette mise à l'écart des points d'eau nous a toujours intrigué. Car, s'il paraît difficile de construire un village dans les roches, aux environs de la source du Teil, sur le Méjan, il était aisé par contre d'édifier des maisons près de celle d'Aures, sur le Méjean encore, ou de Saint-Martin sur le Noir. Nous avons trouvé une seule explication à cet état de chose : la peur de la foudre attirée par les lieux humides ; nos ancêtres, assez observateurs, devaient avoir constaté le fait, et les éclairs devaient leur paraître une chose surnaturelle, une punition des dieux... |
Après la protohistoire, apparaît un nouveau procédé d'alimentation en eau : les puits. En des emplacements qu'ils savaient bien choisir, les Caussenards creusaient des cavités circulaires de plusieurs mètres de diamètre, assez profondes, dont les parois étaient revêtues de blocs calcaires assemblés sans mortier. Des moellons, laissés en saillie, suivant une spirale descendante, servaient d'escalier et permettaient d'atteindre le niveau de l'eau lorsqu'il baissait.
Les Romains développèrent ce type de point d'eau. L'un de ces puits, bien conservé, se trouve à quelques centaines de mètres de l'Aven Armand ; mais cette construction intéressante passe inaperçue des touristes trop retenus par la merveille souterraine.
Sur le Causse Noir, ces puits sont assez nombreux. Certains comme ceux de La Bresse, du Valat Nègre, de Saraliès, etc., sont encore utilisés pour abreuver les troupeaux. Celui de Fouguette, près de Montpellier-le-Vieux, n'a été détruit que récemment.
Avec le développement de l'agriculture et de l'élevage, dès le lointain Moyen âge, le problème de l'eau fut résolu par les "citernes" qui accompagnaient tous les habitats ; elles étaient cependant parfois construites en dehors des fermes et des hameaux.
Bâties à chaux et à sable, avec des enduits très soignés et pratiquement imperméables, elles ont subsisté à travers les siècles ; certaines, souvent très grandes, celle de La Salvage sur le Larzac par exemple, pouvaient désaltérer d'importants troupeaux.
Les Romains les connurent, et sur le Méjan, non loin de La Viale, nous en trouvons une qui était encore récemment en bon état ; elle a été datée par le mobilier que notre regretté ami A. Carrière y découvrit : monnaies, fibules, céramique, etc. |

| Citerne des Oms (Larzac) - photo Louis Balzan |
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Lorsque les toitures d'une maison n'étaient pas assez grandes pour collecter l'eau de pluie nécessaire à la ferme, des citernes isolées étaient construites hors de l'habitat et quelquefois en plein Causse. Un dallage était alors édifié sur un massif de pierres et ses pentes, soigneusement étudiées, faisaient converger les ruissellements dans une citerne, d'où on la retirait par un puits à margelle carrée. On peut voir de beaux échantillons de ce type de captage encore en service près de la Roujarie, sur le Noir, ou aux Oms (Larzac). |
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Exceptionnellement, une maison a été construite pour servir de citerne : elle se trouve dans la commune de Saint-André-de-Vezines, sur le Noir, au sud-est du village. Extérieurement, une porte et une fenêtre lui donnent un aspect classique ; mais sur les côtés, de grandes rigoles de pierre, soigneusement taillées et fixées en pente aux parois, conduisent les eaux de pluie dans le rez-de-chaussée-citerne, creusé en partie dans le roc. Du premier étage, petite pièce voûtée, un puits permettait de la retirer et de la faire écouler au dehors par une canalisation en bois, pour alimenter un abreuvoir classique.
Voilà un aperçu, bien trop sommaire, du problème de l'eau sur les Causses. |
| Il trouve maintenant une solution différente : si l'eau du massif cévenol parvient de nos jours par gravité jusqu'à la pointe extrême du Causse Méjan, en desservant au passage divers villages, on a trouvé plus simple d'alimenter le Camp militaire du Larzac, et par corollaire le village de La Cavalerie, en refoulant, à plus de deux cents mètres de hauteur, les eaux de la source du Cernon. Et tout dernièrement, celles du Durzon, près de Nant, ont été dirigées sur le Larzac septentrional. Ainsi, dans ces deux cas, le Causse s'alimente sur ses propres réserves. |

| Maison citerne de Saint André de Vézines, Causse Noir - photo Louis Balzan |
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| Et ces réserves sont énormes et pourraient, si l'homme était assez sage pour les préserver de contaminations trop faciles, alimenter un Languedoc où le problème de l'eau se pose de plus en plus angoissant. L'inventaire des sources importantes est éloquent : faut-il rappeler que la Foux de la Vis a un débit d'étiage de plus de 1000 litres seconde, celui de la Sorgues est de 420 litres seconde, celui de La Mouline de plus de 400 litres seconde, ceux du Cernon, du Durzon, du Rouverol, de la Bouldoire, etc., dépassent les 300 litres seconde ! (2) |
| Dans sa remarquable thèse Contribution à l'étude hydrogéologique de la région méridionale des Grands Causses(3), Henri Salvayre a souligné, et ses chiffres sont impressionnants, ce que représente par exemple l'énorme réservoir du Larzac. Inutilisé au moment où le problème de l'eau se pose partout avec de plus en plus d'acuité, il réserve, pour l'avenir, des possibilités très grandes si, nous le répétons, l'homme sait en user avec discernement. |
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(2) Carte hydrogéologique de la région des Grands Causses, avec notice explicative de H. Paloc, Montpellier 1972.
(3) Université de Bordeaux, 1969. |
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