 |
 |
La rédaction
a choisi pour vous... |
|
| De Nîmes à la Can de l’Hospitalet |
Est-ce la plaine en feu qui nous fait rêver de montagnes,
de sources, d'herbe verte ? Ou bien plutôt, n'est-ce pas pour réparer une coupable négligence, que nous consacrons ces quelques lignes rapides à l'excursion que firent, le 15 Juin 1924, de St-Jean-du-Gard à la Can de l'Hospitalet, la section nîmoise du Club Cévenol et la Société d'Etudes des Sciences Naturelles de Nîmes ?
Qu'importe. Il est toujours à l'heure d'évoquer des souvenirs agréables. |
|
Ce n'est certes pas la première fois que ces deux sociétés fraternisaient devant un beau paysage. Cévenols et naturalistes, Mingaud et Mazauric, tous deux merveilleux animateurs, sont encore vivants dans la mémoire des amis de nos Cévennes. Ils réunirent souvent à ceux-ci les amis de la nature. Et il en est plus d’un parmi nous qui revoient encore les excursionnistes du Club et de la Société sur les rives du Gardon cévenol à Mialet ou dans le canon du Gardon nîmois.
Ce fut une promenade digne de cette époque que firent, le 15 juin, les deux sociétés amies. |
| Partis de Nîmes, au nombre de trente quatre, fidèles de ces excursions, membres du Club, naturalistes militants de qui les engins de chasse les boites vertes, les marteaux de géologues et les sacs rebondis chargent les filets du wagon, les excursionnistes étaient à 8 heures à St-Jean du Gard où les attendaient les autobus. |
|
| De Saint-Jean à Saumane, c'est la Vallée Borgne, étroite, aux flancs escarpés, à la rivière encaissée, où les châtaigniers n'altèrent pas le caractère méridional que donnent les mûriers, la vigne et toutes les plantes méditerranéennes qui semblent vouloir monter à l'assaut du Massif Central. |
| |
La route monte brusquement de Saumane à St-Roman de Tousque, parmi les bois de pins. C'est alors une route de crêtes, la Corniche des Cévennes, qu'avec juste raison la section du Club Cévenol de St-Jean du Gard s'attache à rendre praticable depuis son origine, à deux kilomètres de St-Jean.
C'est avec l'air frais, l'enchantement de voir s'éloigner les vallées étroites, confuses, déchiquetées, instables, violacées par les schistes à l'histoire tourmentée, ou jaunies par les genêts, rocheuses et nues ou habillées de chênes rouvres, de pins sylvestres du côté de l’ombre, à l’ubac, de chênes verts et de cistes du côté du soleil, à l'adret.
C'est à l'horizon, la Lozère, le Bougès, l'Aigoual. Bien des excursionnistes découvrent ici la beauté des Cévennes qu'ils méconnaissaient jusqu'alors. |
|
| Puis c'est Le Pompidou, la dure côte qui monte sur le petit Causse, vers 1000 mètres d'altitude, la vieille ferme obscure de l’Hospitalet avec sa cloche pour les voyageurs égarés dans la neige, les hêtres, les roches dolomitiques que suit si fidèlement l'aster alpin à la violette corolle, et encore et toujours un vaste et beau paysage. |
|
Nous voyons là, de cet observatoire, la surface plate qui tranche les schistes redressés et contournés de mille manières, percés de filons granitiques, apophyses des masses de l'Aigoual et des Cévennes.
Cette surface plate, c'est presque une plaine, une pénéplaine effroyablement vieille, jadis rabotée par les eaux courantes qui arrosèrent une grande chaîne de montagnes avant le dépôt des terrains calcaires des Causses. Ces taches blanches au Nord, sous la Can de Barre, c'est le premier dépôt formé sur la pénéplaine, des bancs de grès, dont les éléments sont tous empruntés aux schistes et aux granits et si durement cimentés qu'on les prendrait pour le granit lui-même. |
Puis viennent des calcaires et tout cela plonge doucement vers le centre des Causses pour aller constituer, vers Ispagnac et Ste-Enimie, les masses puissantes dans lesquelles le Tarn a creusé ses Gorges.
Ces vallées aux formes si molles, là, dans les prés de Barre, le sont les anciennes vallées, presque sans pente, qui accidentaient à peine la pénéplaine.
Mais maintenant la Méditerranée est toute proche. Invinciblement, elle attire l'eau courante qui creuse furieusement les schistes faisant remonter sous nos yeux les ravins aigus et escarpés vers le versant océanien. Elle emporte les prés, les murs, les ponts. Elle abîme les routes, si bien que le vieux chemin qui, de Barre s'en allait à Sainte-Croix et par où, dit-on, le sous-préfet de Florac descendait dans la Vallée-Française en voiture à deux chevaux, ne sera bientôt plus qu'un sentier de montagne parmi tant d'autres. |
|
Puis... Puis, c'est le déjeuner bienvenu et joyeux, les chasses en tomologiques, la promenade aux sources de Tartabisac pour les intrépides, par les sentiers difficiles.
Que d'enseignement dans ce coin tourmenté de Tartabisac pour qui sait lire dans ce livre !
Si quelque géologue, trop peu Cévenol, y passait, n'y verrait-il pas la trace de ces charriages si formidables que l'imagination la plus complaisante ne les évoque qu'avec peine... si formidables que c’est peut-être un morceau de l’Afrique, arraché jadis, qui constitue le noyau ancien des Alpes ! |
| |
Restons Cévenols. Voyons ces trois petits cols montant jusqu'au Causse, cette faille, la plus sérieuse peut-être de la région, qui amène le granit plus haut que la dolomie qui d'habitude borde le Causse de sa couronne ruiniforme, les schistes pourris, rouges et violets de la base, la roche éruptive noire au milieu des schistes, les grès polis et rayés par les mouvements du sol et sur lesquels commence à fleurir la lavande vraie.
Goutons à l'eau des Douzes qui sans la faille irait vers le Tarnon.
Rapidement, dans les prés glorieux de leurs fleurs, ramassons les ancolies que nos garrigues nîmoises ne connaissent point.
|
|
| Et c'est maintenant le retour à Nîmes, par St-André de Valborgne, avec un amour accru pour la nature et son étude et pour ces terres inconnues encore des naturalistes et géographes et méconnues par tous : les Cévennes ! |
|
 |