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La rédaction
a choisi
pour vous...
un article de 1912 qui relate
avec un style enjoué l'ambiance
du congrès de Meyrueis,
cette année-là |
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Congrès de Meyrueis, en 1912
Le banquet |
Midi ! en route pour le banquet ! La table est dressée sur la place d'Orléans, mais il faut avoir le cœur d'un Cévenol pour s'y asseoir. Quel temps ! Du vent, pas ou très peu de soleil. Qu'importe, les estomacs auront leur part, les langues marcheront. Bravons donc notre maussade été. Et puis, serons-nous moins courageux que ces dames qui nous font l'honneur d'assister à notre fête. Charmantes, en robes claires, elles nous apportent leur grâce, leur beauté ; saluons-les aimablement et remercions-les d'avoir voulu être des nôtres.
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Les mets succèdent aux mets, le repas est bon, les conversations vont leur train. Pan ! Un bouchon de champagne décrit une courbe en l'air, les discours commencent.
Le Président du banquet, M. Vincent, ancien Préfet du Nord, se lève, et c'est un vrai charme que de l'écouter. Humour, esprit, à-propos, il y a de tout cela dans son langage ; les rires alternent avec les bravos. C'est un vrai succès que remporte notre cher Meyrueisen. |
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| M. Marcellin Pellet, ministre de France à La Haye, lui succède. Dans un style élégant, il évoque le passé de son enfance. Aucune de nos merveilles n'était alors découverte, tout était ici la terra incognita. Des savants, des touristes sont venus, et voici le pays que visitent les touristes. Le Club Cévenol fait œuvre utile, il faut le soutenir, le faire vivre. |
La parole est à M. Monestier, député de l'arrondissement de Florac. Les questions politiques ne sont pas de mise à notre banquet fraternel, laissons le passé, oublions-le, songeons au bien général et en particulier à la ligne ferrée entre Aguessac et Meyrueis. Les études préliminaires seront achevées à la fin de l'année ; il ne faudra pas s'endormir pour poursuivre cette œuvre qui facilitera l'accès de nos régions et augmentera considérablement le nombre des touristes et des villégiateurs. M. Monestier fera le possible, et l'impossible s'il le faut, pour répondre aux désirs exprimés par le Club Cévenol et par les habitants de notre beau pays. De la patience, de la confiance et la réussite viendra. D'enthousiastes bravos saluent le bon optimisme de notre député.

menu du congrès
de Meyrueis, en 1912 |
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C'est le tour d'un jeune de 70 ans au moins, notre infatigable vice-président, M. Galtier. Jeune ! son enthousiasme et son activité tendraient à l'établir. Petit bonhomme vit encore. Il parle aux dames et dans des termes respectueux et aimables. Il montre le Club Cévenol à l'œuvre partout où il y a quelque chose à faire pour l'amélioration et l'organisation de notre charmant petit pays cévenol. Il constate ce qui a été déjà fait et souligne ce qu'il s'agit de faire. II se permet de compter sur le concours des dames pour une propagande utile et termine en nous invitant à boire à nos charmantes invitées.
Dix nouvelles adhésions, dont plusieurs dames, répondent immédiatement à M. Galtier.
M. le sous-préfet Mourgues clôt la série des discours, en nous apportant l'assurance de la bonne volonté et du précieux concours de l’Administration dans l'œuvre que poursuit le Club Cévenol. Puis, chacun se retire, comme dans l'opérette, les uns avec leurs femmes et les autres tout seuls. |
Discours de M. Marcellin Pellet, président d'honneur
Mesdames, Messieurs,
En adressant au Club Cévenol mes remercîments pour la haute distinction qu'il a bien voulu me décerner et dont je sens tout le prix, permettez-moi de souhaiter la bienvenue à ceux d'entre vous qui visitent pour la première fois notre beau pays. C'est une région que je connais et que j'affectionne depuis de longues années, car elle fut le berceau de ma famille : les solitudes pierreuses du Causse Méjean, ses vastes horizons, les "couronnes" abruptes qui l'encerclent et en font comme un gigantesque radeau attaché par le mince câble du col de Perjuret au massif de l' Aigoual émerveillèrent mes yeux d'enfant. Le trou noir de ses "avens" m'inspira une crainte mystérieuse. Depuis, les hasards d'une carrière vagabonde m'ont conduit dans les cañons du Colorado où j'ai cru revoir les gorges du Tarn et de la Jonte, et un autre Montpellier-le-Vieux, étendu sur les flancs des Montagnes Rocheuses, m'a aussi rappelé, au delà de l'Océan, le pays natal. |
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Vers la fin du XVIIIe siècle, Ramond découvrit les Pyrénées et Saussure les Alpes. Il faut croire que le culte de la nature, mis à la mode par Rousseau, trouva nos ancêtres plus réfractaires, car c’est seulement dans le dernier tiers du XIXe qu'on songea à découvrir les Cévennes dont les habitants ne soupçonnaient pas la beauté. Le plus souvent leur curiosité ne dépassait pas les alentours immédiats de leur demeure. Je me souviens, étant tout petit garçon, d'avoir accompagné à la chasse sur le Causse mon grand-père. Il avait voyagé et habité Paris. Eh bien, du Tarn voisin, coulant dans sa faille profonde, à trois heures de marche de chez nous, il ne connaissait que La Malène et Sainte-Enimie, à cause des foires à bestiaux ; la vallée intermédiaire si proche était pour lui comme la terra incognita des vieilles cartes d'Afrique.
Plus tard, un peu avant la guerre, avec mon regretté parent de Costelongue, dont le souvenir est si vivant à Meyrueis, je remontai en barque pour la première fois du pont du Rozier vers les Vignes, prélude de mes fréquentes excursions dans les Gorges. Visiblement, les pêcheurs qui nous conduisaient se demandaient ce que nous venions faire là : ils ne comprenaient rien à notre admiration.
Bientôt cependant des savants, des artistes essayèrent de révéler aux riverains du Tarn dans quel merveilleux décor de féerie la nature les a fait naître. Ils exhumèrent après soixante ans d'oubli les admirables albums de ces précurseurs du tourisme pittoresque que furent le baron Taylor et Charles Nodier. Mon épithète de "admirable" s'applique seulement aux dessins, signés d'artistes presque tous devenus célèbres, comme Brascassat, et à l'exécution typographique, car le texte est des plus médiocres. Si les dessinateurs sont venus prendre des croquis sur place, certainement le rédacteur des notices ne les a pas accompagnés.
Déjà des géologues avaient trouvé tout près d'ici, dans la grotte de Nabrigas, renommée dans les annales scientifiques à l'égal de celles des troglodytes de la Vézère, un immense ossuaire de la faune des cavernes, avec quelques silex mélangés aux fossiles qui ont servi à fixer certains points jusque là obscurs de la préhistoire. Les Joly, les Lequeutre, les Reclus, les de Malafosse, attirèrent les premiers sur nos déserts ignorés l'attention du monde savant.
Des publications auxquelles j'ai pris ma modeste part, s'adressant au grand public, des articles illustrés du Tour du Monde, du Magasin Pittoresque, des Guides soigneusement édités, d'intéressantes monographies, ont amené dans notre région des touristes dont le nombre s'accroît d'année en année.
Il est difficile désormais de citer les noms de tous les hommes de bonne volonté qui se sont voués à cette vulgarisation, j'allais dire à cet apostolat. Il faudrait inscrire sur la liste la plupart des fondateurs et beaucoup d'adhérents du Club cévenol. Qu'il me suffise, à côté de morts dont le souvenir me reste cher, comme le général François Perrier et le conservateur des Forêts Fabre, aux efforts desquels nous devons l'Observatoire de l'Aigoual, de nommer notre président d'honneur, M. Martel, dont les travaux originaux et hardis ont créé une science nouvelle, et qui m'inspira l'idée, plutôt aventureuse, de traverser après lui l'abîme de Bramabiau : je ne recommencerais pas. Mais malgré mon envie, j'ai répugné à le suivre au fond des "avens". J'y ai vu jeter jadis trop de bêtes mortes.
Aujourd'hui le tourisme cévenol est lancé, et j'ai rencontré bien loin d'ici des étrangers, même un peu blasés sur les spectacles de la nature, qui ayant fait le pèlerinage du Tarn en parlaient avec enthousiasme. Nous n'aurions plus, semble-t-il, qu'à recueillir le fruit de nos premiers efforts. Pourtant ne cessons pas d'agir. Faisons admirer, faisons aimer ce pays. Facilitons-en l'accès, rendons-en le séjour agréable aux touristes, gâtés par le confort des hôtels suisses.
Aimons-la surtout, cette petite patrie, nous n'en aimerons que mieux la grande, celle dont mon vieil ami David Raynal, alors ministre de l'Intérieur, dans un discours prononcé à Lyon, en mai 1894, disait, et c'est par ces nobles paroles que je veux terminer : "Pour bien sentir à quel point la France doit nous être chère, il suffit de nous rappeler ce qu'il a fallu d'efforts pour la faire ce qu'elle est. Elle s'est lentement formée d'alluvions humaines déposées dans le cours des siècles. Elle est faite de la chair et du sang des générations. Partout où notre pied se pose sur le sol de la Patrie, des hommes ont souffert. Des héros ont lutté et sont morts pour elle". |
| Conférence de M. Raoul Vèze |
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La conférence de M. Raoul Vèze, secrétaire de la Direction de la Compagnie des chemins de fer départementaux, a été donnée sous la Halle, en présence d'un nombreux auditoire.
Présidée par M. Joseph Galtier qui présente en excellents termes le conférencier, elle a été écoutée jusqu'au bout avec le plus vif intérêt.
L'importance du sujet traité : La transformation économique d'une région par la voie ferrée, était bien de nature à captiver l'attention des habitants d'une région qui est sur le point de jouir des avantages si clairement exposés par le conférencier.
Nous devons à l'obligeance de M. Vèze la communication du texte complet de cette intéressante étude et nous nous proposons de le publier dans l'un de nos prochains numéros.
Nous exprimons toute notre gratitude à M. Vèze pour la distinction avec laquelle il s'est acquitté de sa tâche. Nous serons heureux de l'entendre souvent dans nos réunions. Sa voix sympathique y sera comme en écho de celle de notre très regretté Henri Boland, auquel il a rendu un juste hommage. |
Excursions à Dargilan, à Nîmes le vieux et aux Gorges du Tarn
Le brouillard et une pluie glaciale retiennent au coin du feu ou dans leur lit les congressistes qui ont demandé leur inscription, sous la réserve que le soleil serait de la partie.
La fée électricité le remplace dans le labyrinthe de Dargilan, au bord duquel les voitures amènent, le lundi 2 septembre, d'intrépides spéléologues qui vont admirer les merveilles créées par la goutte d'eau pétrifiée.
A la sortie de cet abîme, dévaler du sommet du Causse Noir jusqu'au fond de la vallée pour faire honneur à l'un de ces déjeuners copieux dont seuls les hôteliers cévenols ont le secret, puis escalader les contreforts du Causse Méjean exige une dose d'énergie qui ressemble fort à de l'héroïsme.
Au Club Cévenol on n'en manque pas. Preuve en soit la vaillante troupe, un peu réduite il est vrai, qui n'a secoué la boue rougeâtre de Dargilan que pour courir à Nîmes-le-Vieux dans l'espoir d'y rencontrer le soleil.
Le vent a maintenant dissipé le brouillard ; il donne la chasse aux nuages et quelques éclaircies vont permettre d'admirer les rochers aux formes bizarres, auxquels des ruissellements d'eau ont enlevé le calcaire friable qui va créer la forêt de stalactites dans quelque aven inexploré.
Cette visite trop rapide ne peut donner une idée de l'immense chaos rocheux, qui s'étend du Col de Perjuret jusqu'à Vébron. C'est une bonne journée qu'il vaut consacrer à Nîmes-le-Vieux en laissant l'imagination aller plus encore que les pas, "la bride sur le cou".
La nuit nous surprend tout près de Gally, mais à son foyer hospitalier, M. Bourgade accueille, avec son affabilité habituelle, des membres du Comité central, qui ne sont pas pour lui des inconnus. La soirée se passe à échanger des impressions sur l'Assemblée de la veille et sur l’avenir d'une œuvre et d'une région qui nous sont également chères.
Les Gorges du Tarn attendent notre visite. Mme Léon Teissier du Cros, qui a regagné Meyrueis, veut à tout prix exécuter tout le programme. "Et s'il n'en reste qu'un…"
Saluons et honorons la dévouée fondatrice du groupe Montpelliérain, l'intrépide alpiniste, la femme de cœur qui soigne actuellement, comme infirmière volontaire de la Croix Rouge française, nos petits soldats à l'hôpital militaire de Casabianca.
Grâce à elle, l'honneur est sauf, et la preuve est faite que le Club Cévenol ne compte pas seulement des excursionnistes que la peur de la pluie retient, même en été, au coin du feu ! |
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